Dimanche 13 octobre 7 13 /10 /Oct 20:41

 

ninon01 transparent"Cher Dieu,

On a pas toujours été super copain toi et moi mais aujourd'hui, je le jure devant toi-même, ça va changer, je vais tout faire pour te plaire.

Dieu, tu es là? C'est moi, Ninon Gold. Dieu?"


Pas de réponse.

 

 

Est ce donc ainsi que tout va finir? Arrêt cardiaque provoqué par une piqure de moustique-tigre sur la jugulaire? Ma vie défile sous mes yeux tel un mourant marchant dans le tunnel, aveuglé par la lumière. De ma vie, je vois des trucs tellement chouettes que ça me fend encore plus le coeur de savoir que je vais crever, seule, comme un chien en ce frais mercredi soir d'octobre.

 

Cette fois ci, plus d'espoir, c'est la fin, la vraie. Je suis lasse. Installée à mon bureau, je rédige ce billet tout en sachant que je n'aurai peut-être même pas le temps de le terminer et qu'il risquerait donc de finir comme celaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa

Ce qui serait d'ailleurs assez tragiquement glamour...

Quelqu'un, peut-être mon brave voisin vieux garçon bedonnant, alerté par le calme, défoncerait ma porte et me trouverait étendue sur le clavier de mon ordinateur, juste laaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa

 

Bref, je me meure.

 

Avant de rédiger mon testament (que je n'aurai pas le temps de faire signer à un notaire donc qui ne vaudra rien), je me dois, moi, Ninon Gold, de raconter au commun des mortels ma dernière histoire, mon dernier combat, celui que j'ai livré il y a une dizaine de minutes, celui que, cette fois ci, je ne gagnerai pas car la mort sera la plus forte.


 

Il y a dix minutes, dans cette même chambre.

 

Démaquillée, crémée, dents brossées et en pyjamée, je suis enfin, après une longue journée très-intéressante-mais-qui-n'est-pas-au-centre-de-l'histoire-donc-que-je-ne-raconterai-pas-maintenant, au calme, dans mon lit.

 

 

Je ferme les yeux, je le sais, je le sens: Sommeil profond prévu pour dans exactement 5,4,3...

J'ouvre les yeux à 2 et me redresse à 1. Raide comme la justice, je ne bouge plus, tous les sens en éveil, à l'affut de l'erreur qu'Il va comettre et qui me permettra de le localiser. 

Je crois repérer son bourdonnement à 11h, près du miroir vénitien. Si je bouge, Il saura que je sais et si après cela je ne bouge plus; Il saura que je sais qu'Il sait.


J'aurai ta peau, satané moustique!

 

Me voilà dans la peau d'un prédateur sans merci qui restera tapi dans l'ombre jusqu'à ce que ma proie ne se décide d'attaquer. Sauf que voilà, ma proie n'a pas du tout l'air de vouloir m'attaquer...


Un moustique qui n'attaque pas? Mmmmm c'est étrange...

D'un coup, mon sang (du moins ce qu'il en reste) ne fait qu'un tour.

Le cochon! Si le moustique ne m'attaque pas, c'est qu'il m'a déjà attaqué! Vengeance! Le moustique, repu, au ventre plein digère paisiblement mon sang sacré sur le miroir vénitien! Sauf que le moustique ne sait pas de quel bois moi, Ninon Gold, je me chauffe!

1, je tends le bras et allume ma lampe de chevet

2, j'attrape la première chose qui me passe sous la main, un pot de crême

3, je bondis face au miroir vénitien

4, j'écrase le moustique tout en réalisant que j' avais vu juste, il était bien là, je devrais songer peut-être à me reconvertir en chasseuse de moustiques

5, je brise le miroir vénitien mais j'm'en fous car j'ai tué le suceur de sang

6, j'ai gagné, c'est moi la plus forte! Ultime cri de victoire

Remise de mes émotions, je soulève le pot de crême afin de savourer mon triomphe et au milieu du bain de mon sang, je vois le petit corps mort de l'insecte.

Tiens c'est étrange, feu l'insecte est différent de tous les autres moustiques que j'ai pu tuer tout le long de ma vie. Celui ci est tigré. Et blanc.

 

C'est un moustique tigre blanc. Me suis faite sucer le sang par un moustique tigre blanc.


C'est angoissant un peu. Un moustique normal, on s'en fou mais et tigre et blanc, ça fou un peu les boules. En plus on en a pas mal parlé des moustiques tigres ces dernières années, mais on en disait quoi?

Du calme, Ninon, du calme. J'essaie de faire marcher ma mémoire selective mais incapable de me rappeler ce qu'ont dit les médias sur ces fichus moustiques tigres.

 


Dès lors, je dois opter entre 3 solutions. Balancer le miroir vénitien à la poubelle et oublier cette histoire de moustique tigre blanc, appeler ma mère médecin qui m'engueulera au sujet du miroir vénitien mais qui me rassurera au sujet du moustique tigre blanc ou aller sur internet, trouver le même miroir vénitien sur ebay, l'acheter peu importe le prix et aller sur Doctissimo en savoir plus sur les moustiques tigres blancs.


Je réfléchis. En attendant, ça commence à me gratter dans le cou, pile sur la jugulaire. Sauf que ça gratte différement, la douleur que je ressens est plus entre la brûlure et la morsure que la piqure. Ca ne pique pas comme une piqure de moustique ordinnaire car ce n'est PAS un moustique ordinnaire, c'est un fichu moustique tigre blanc. J'ai peur.

 

Incapable de me résonner et la pate tremblante, j'attrape mon ipad. Dans Google je tape "Piquée par un..." et voilà que google qui a assité à toute la scène termine ma phrase et propose "...moustique tigre".

Je clique. Avant de savoir si je vais crever, je veux être sûre d'avoir affaire avec l'animal.

"Comment le reconnaitre: Le moustique tigre est rayé noir et blanc (pas jaune) avec un effet argenté-pailleté"

Un regard pour le tueur, ok, rayé noir et blanc et effectivement un effet argenté-pailleté. J'ai donc officiellement été mordue (car il ne s'agit plus d'une piqure mais bien d'une morsure) par un moustique tigre. Un moustique tigre normal donc. Pas blanc, normal... Bref... Ca reste tout de même un moustique tigre.


Je lis en diagonale car je n'ai jamais su me concentrer pour lire ni les ennoncés des problèmes de math, ni les articles des journaux et encore moins les notices de médicaments alors je ne vois pas pourquoi j'arriverais à lire cet article sur les morsures de moustiques tigre. Ce que je retiens c'est:

- Chikungunya

- Il n'existe pas de médicaments spécifiques qui permettent de guérir la maladie

Ca veut dire que je vais mourir.

Voilà.

 

 

 

"Dieu? C'est encore moi, Ninon Gold, j'ai bien réfléchi et je sais quels vont être mes compromis quand à ma survie. Je vais respecter les 10 commandements."

 

J'ai pesé le pour et le contre et franchement, ça me convient plutôt pas mal. Par exemple ne pas convoiter mon voisin... J'ai une vie géniale, je n'ai rien à envier au vieux garçon bedonnant...

Il est aussi question de ne pas faire travailler mon bétail le samedi, ok! J'abdique, je ne porteai plus Le Loup qu'en semaine...

 

 

Y'en a juste un qui me tracasse, c'est cette histoire d'honorer mon père et ma mère... C'est que, en ayant brisé le miroir vénitien, je perds quelques points... Je peux toujours dire que c'est mon frêre qui l'a brisé mais dans ce cas là j'enfreins le commandemant de ne pas faire de faux témoignage sur mon prochain...

Et en donnant de l'importance à ce miroir vénitien, je voudrais pas que Dieu pense que j'en fais un martyre et encore moins une idole, car les idoles, ça aussi oulala, commendement numéro 2, j'ai pas intérêt à avoir d'idoles...

 

 

Suis fichue, vais mourir, seule, comme un chien... Même pas capable de respecter les 10 commandements si ce n'est l'adultère car je ne suis pas mariée...

 

Je dois me ressaisir et lire cette page sur le chikungunya de a à z afin de reconnaitre les premiers symptomes de cette terrible maladie qui va me foudroyer et que je ne vais pas tarder à ressentir.

Cette fois-ci, une lecture un peu plus approfondie me permet de découvrir un point plus ou moins soulageant "La maladie se manifeste entre 4 et 12 jours"

Ca tombe bien, je laaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa

 

 

 

 

28 jours plus tard

 

Je n'ai visiblement pas attrapé le chikungunya.

A ce jour il  n'existe toujours pas de traitements et de vaccins pour combattre cette terrible maladie.

 

 

 

Maman, je plaisantais au sujet du miroir vénitien, il est toujours en un seul morceau mais en me servant de lui, je trouvais que ça rendait mon histoire un peu plus tragique et drôle à la fois.

 

Dieu, à ce jour je n'ai toujours pas réussi à respecter les 10 Commandemants mais j'y travaille, promis.

 

Cher Voisin, désolée d'avoir porté un faux témoignage à votre sujet, en effet, vous n'êtes pas un brave vieux garçon bedonnant, vous êtes seulement un brave vieux garçon.

 

ps: Dieu, comme tu vois, je fais des efforts. Smiley clin d'oeil.

 

photo-8-.JPG



Par ninongold - Communauté : Pour nous les filles
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 21 août 2 21 /08 /Août 10:47

ninon01 transparent

Winter is coming à Tel Aviv. C'est l'occasion tant attendue après six longs mois de canicule d'ouvrir la "Valise Hiver" et d'exécuter mon petit rituel que j'aime tant, réveiller le Loup de l'hibernation. Je le caresse longuement, ferme les yeux et repense à notre première rencontre il y a quelques années de cela...

 

Midi, Boulevard Rothschild, Tel Aviv, Israel.

C’est l’été.

Ici, l’été rime avec 90% d’humidité non-stop qui rime avec grosses gouttes de transpiration qui dégoulinent dans mon dos non-stop qui rime avec un « pourquoi n’ai-je pas fui l’été à Tel Aviv » non-stop.


A pied je suis, depuis que le voleur le plus stupide du quartier a dérobé la roue arrière de mon ami-vélo-épave. Stupide car s’il avait un minimum de connaissance en la matière, il aurait vu que cette même roue, victime de l’usure du temps n’était plus qu’un tube de caoutchouc élimé. Mais le voleur, peut-être un peu trop pressé ou pas assez exigent en matière de rapport qualité-vol préféra amputer la roue, laissant mon vieux vélo à l’état de malheureux cul de jatte. Du coup, hésitant encore entre achat d'un nouveau vélo ou simple échange de roue, voilà une semaine que moi, Ninon Gold, je marche et si ce jour-là c’est à dos de vélo que j’avais traversé le boulevard Rothschild, je n’aurais jamais fait cette rencontre qui allait déterminer mon niveau d'adaptation aux rudes froids polaires parisiens.


Là, j’ai chaud malgré la tenue légère, débardeur dos nu et fidèle micro short qui m’a l’air d’outrageusement raccourcir avec les années. Je suis en chemin pour la plage, j’ai rendez-vous avec Julian qui doit m’aider à trouver un taf. Je suis en cellule de crise constante depuis que je me suis mise dans la tête que je voulais à tout prix posséder la montre J12 de Chanel. Je suis en retard mais je m’en fou car c’est Julian et de toutes….


POUCE!

Je m’arrête net.


J’ai un vertige et mon petit cœur se met à battre comme un fou furieux. On dit toujours que "ça arrive au moment ou on s'y attend le moins", je n'y ai jamais cru mais là je le sens, c'est un véritable coup de foudre et Dieu sait que je ne m'y attendais pas. En face de moi, la vitrine d’une vieille boutique vintage, dans cette vitrine, un mannequin poussiéreux arbore un long manteau de fourrure. Le mannequin, sourire figé, regard vide. Le manteau, une force dans chacun de ses poils m’attire vers lui. Je rentre dans la boutique, pas de clim, je me liquéfie, la seule partie sèche de mon corps, c’est ma gorge et lorsque je lance un « y’a quelqu’un ? » dans un hébreu hésitant, j’ai l’impression d’être un pré ado en train de muer.


Un petit octogénaire que je n’avais pas remarqué jusque là s’avance vers moi et me dit quelque chose que je traduis comme un "je peux vous renseigner?", je lui fais un signe vers le chaud manteau. Le regard du petit bonhomme s'assombrit et il secoue la tête. Langage universel, je comprends que le vioc n’a pas l’intention de me filer l’animal. Regard interrogateur, je m’avance vers la vitrine et touche la manche poilue, le petit vieux vient à moi «No ! » J’ai la tête qui tourne et j’ai comme un déjà vu.


China Town, un homme d’affaire interpellé par une boule de poils qui gazouille dans une boutique miteuse, le vendeur, un petit chinois qui refuse catégoriquement de le lui vendre peu importe le prix.


Quand diable ais-je assisté à une pareille scène… Gremlins ! Les Gremlins, Guizmo, ne pas le nourrir après minuit et tout le tralala. Le vieux ne veut pas me vendre son manteau car c’est un manteau à super pouvoir !

Je me retourne vers le petit bonhomme, le regard plein de détresse comme celui du Chat Potté dans Shreck, en même temps j’implore Dieu de sa clémence, il me faut ce manteau, il me faut ce manteau, il me faut ce manteau.

Ca m'a l'air de faire son effet car le petit bonhomme hausse les épaules l'air dépité et s'approche du mannequin.

C'est fou! Qui l'eu cru! En un regard, le bonhomme craque et me confie son bien le plus précieux! J'avais conscience de mon charme fou mais pas à ce point.

Tout en regardant le vendeur délester le mannequin du manteau, c'est la victoire en moi, je suis mue d'une force incommensurable, je suis prête à conquérir le monde et plus si affinité. Avec la plus grande précaution, l'homme m'aide à enfiler le manteau. Miroir mon beau miroir, aujourd'hui, c'est un petit pas pour Ninon Gold mais un grand pas pour l'humanité et l'humanité toute entière telle que nous la connaissons n'a jamais rien vu d'aussi sexy. 


"Be carefull" me dit il, les yeux dans les yeux, suivi par un "Haouuuuu" qui foutrait presque un peu les boules si j'étais seule avec lui dans un cimetière.

J'en déduis que c'est un loup qui git sur mes épaules tout en me demandant en quoi je dois être si carefull. Le manteau prend il vit les soirs de pleine lune? Vais je risquer les affronts des végétaliens défenseurs des bêtes? C'est tout un tas d'aventures que je m'apprête à vivre avec ce Loup, mon Loup et quelques dizaines d'euros en moins dans ma poche plus tard, je suis sur le chemin du retour, le Loup plié dans un sac. 10 appels en absence de Julian avec qui j'avais rendez vous, oups, l'acquisition de la J12 attendra. J'ai chaud et je pense à cet hiver à Paris dans ma rue de Charonne, le Loup sur mes épaules, fière.

 

Dieu, vous êtes dans les parages? Si vous n'êtes pas trop occupé à régler des conflits ou à en créer, I say a little pray for you et je vous demande un hiver rude et sans merci.

 

Je suis en plein monologue intime avec Dieu lorsque je croise Max, un ancien amant que je n'avais pas revu depuis notre tragique rupture il y a trois ans de cela, le soir ou il m'annonça qu'il partait s'installer à New York pendant un an. Coeur brisé, je m'en étais finalement remise rapidement mais le croiser ce jour là me rendit un peu nostalgique. Max me regarde de bas en haut, sourire charmeur

"Toujours adepte des petits shorts très courts" me balance t'il. Ca me fait sourire.

C'est à ce moment là que je remarque à ses côtés, un chien, ce genre de méchant chien mangeur d'enfant, pitbull ou amstaf, je ne sais pas mais un chien avec une grosse gueule sous muselière (par chance).

"C'est Yves" me dit il. Enchanté Yves, tu es moche, tu pues, ton maître est un connard, tu as une muselière et moi j'ai un Loup dans mon sac dis-je au chien par transmition de pensée. Je m'approche par politesse pour lui donner une petite tape compatissante sur le museau tandis que Max se dresse entre nous.

"Je ne te conseille pas, il est très agressif"

Sur ce, le toutou, après avoir flairé mon sac et y avoir apparemment détecté présence plus puissante que lui s'allonge sur le dos et se met à couiner ambiance "je veux des câlins". Max le regarde, interdit. Je jubile, le voilà qui voulait craner de virilité avec son aboyeur mais moi, Ninon Gold, j'ai l'arme secrète, le Loup, c'est moi la chef de la meute et je ne risque plus rien!

Max fait nettement moins le fiérot, mâle dominé avec ses yeux de merlan frit, ça ne fait qu'augmenter mon pouvoir. Je l'entends me parler d'un échange de numéro de téléphone mais lui et son chien de cirque ne m'intéressent plus car mon attention est soudainement attirée par les mots "PRIME IMPORTANTE"  inscrits sur une affichette agraphée sur un arbre centenaire. Sur l'affichette, il y a aussi la photo d'un caniche, je m'approche "PERDU, PRIME IMPORTANTE". Les mots "prime importante" me font rêver quelques instants tandis qu'au même moment ce même caniche me file entre les jambes. Je je reconnais, j'en suis sûre. "Prime importante, prime importante" ces mots résonnent dans ma tête, j'ai des $ dans les yeux et la montre J12 de Chanel au poignet lorsque j'imagine une brave grand mère pleine de reconnaissance me donner une poignée de billets en échange de l'aboyeur.

 

  Le temps d'arracher l'affichette, je m'approche de l'animal, farouche, il me regarde, s'enfuit à quelques mètres et plante son regard dans le mien. S'il pouvait parler, il me dirait "Nananananère! Tu ne toucheras jamais la prime-importante". Je hais ce chien, je hais les chiens, je hais tout ce qui a des poils en général...

Mon Loup! Je me rappelle que je détiens mon manteau magique, le loup dompteur de toutous. J'ai un plan! Je sors discrètement le Loup du sac et m'approche à petit pas. Le chien recule, regarde mes moindres faits et gestes, ça n'a pas l'air de l'amadouer et il s'enfuit de plus belle. 


Cellule de crise! Il est hors de question que la prime-importante me passe sous le museau et dans un dernier espoir, je lance le Loup sur le chien tel un pauvre pécheur son vieux filet sur un banc de maigres poissons.

Le chien, loin d'être décontenancé prend fuite et là, en plus de la prime, c'est mon nouveau manteau auquel je suis en train de dire adieu. Sprinteuse hors paire, je m'élance derrière le voleur. Mon Loup a pris vie, c'est émouvant, j'aimerais faire POUCE, sortir mon iphone et faire une photo Instagram qui ferait marrer le commun des mortels mais pas le temps et il est hors de question que je rentre chez moi bredouille. La course poursuite continue sur la route jusqu'à ce que le manteau sur pattes passe sous les roues d'un jeunot à vélo, pas mal le jeunot d'ailleurs mais je suis trop occupée à me demander quelle genre de prime je recevrais si c'est un cadavre que je rends à la mère grand.

Je m'approche du manteau, inerte et j'ai peur de ce que je vais trouver en dessous. Je jette un coup d'oeil au jeunot, pétrifié à l'idée d'avoir écrasé un unique specimen de manteau de fourrure vivant.

Délicatement et pleine d'appréhension, je soulève le Loup. Rien! Ce connard de chien a disparu! Le jeunot tourne de l'oeil et moi, Ninon Gold, je bouillonne de haine et de désespoir lorsque je ramasse mon nouveau manteau en lambeaux. C'est alors que j'entends toutes sortes de voix autour de moi. Des badauds curieux se sont arrêtés assister à la scène.


"Il est mort?" Me demande le jeunot tremblotant. Toujours accroupi sur le lieu du crime, j'hésite entre la crise de rire et la crise de larmes. Le petit vendeur m'avait bien dit d'être carefull, pas parce que mon manteau était magique mais parce qu'il était très fragile.

"J'ai appelé les urgences vétérinaires, ils arrivent" j'entends un peu plus loin.

Dieu par pitié, télétransportez moi n'importe ou!

Et c'est à cet instant que j'eus encore une fois la preuve que Dieu existe. Le jeunot, trop plein d'émotion et surement angoissé de devoir s'expliquer face aux urgences vétérinaires s'évanoui si bien que toute l'attention est enfin portée sur autre chose que sur mon manteau. J'en profite pour m'éclipser et rentrer chez moi en vitesse. En chemin, j'essaie d'éviter tous les animaux vivants que je croise.

D'un coup, qui voilà dans un coin et qui fait moins le malin car il est en quand même passé sous les roues d'un vélo? Le fichu caniche, responsable de la mort précoce de mon Loup. Je ne sais pas si j'ai encore le courage de combattre, tant pis pour la prime-importante, je laisse ça à l'un des sans abri du quartier qui saura en faire bon usage. J'abdique, continue mon chemin sauf que le chien me suit! Alors c'est comme ça que ça fonctionne? Fuis moi je te suis, suis moi je te fuis? Mecs et Chiens, même combat? Dans un élan de bonté, je chope le toutou et regarde l'adresse indiquée sur l'affichette, ce n'est pas très loin, et le chien dans un bras, le Loup dans l'autre, je finis par me rendre chercher la prime-importante, plus en nage que jamais.

 

Toc, toc, toc.

La porte s'ouvre et, ô miracle, comme dans mon imagination, c'est une gentille grand mère qui se tient face à moi. Sauf que dans ses bras se trouve un caniche, le même que je tiens dans les miens. Alors, reprenons, si le caniche que je porte n'est pas celui de la prime importante alors qui est ce?

 

"C'est elle!" J'entends dans mon dos

 

Pétrifiée, je comprends que je me suis trompée de clébard.

Je me retourne en slow motion, sourire gêné, prête à partir dans une explication abracadabrante du pourquoi du comment. Par ou commencer d'ailleurs? L'acquisition du Loup aux pouvoirs magiques, la J12, Max et compagnie, l'accident de vélo, les urgences vétérinaires? J'ai chaud, j'ai envie de chialer et mes espoirs de prime-importante s'éteignent définitivement.

Je brandis l'affichette face à une horde ahurie qui m'a pris pour une trafiquante professionnelle de chiens de race.

Je balbutie un "pardon", dépose tendrement le caniche dans les bras de celle qui doit être la maîtresse du chien, ris bêtement tout en me demandant comment je vais m'en sortir cette fois ci. 

"Et ça, c'est quoi?" me demande t'elle en montrant le Loup.

De trafiquante professionnelle de chiens de race, je passe au statut de dépeceuse professionnelle de chiens de race.

La mémé s'avance de quelques pas "Oh, mais vous aussi vous avez un caniche! Qu'il est mignon, quel âge a t'il?" La maîtresse de Caniche 2 s'adoucit et les voilà qui partent dans une discussion canine, oubliant ma présence et celle du Loup inerte dans mes bras. Quel bonheur que ces conversations anodines des amoureux des bêtes. Un pas en arrière, un second suivi d'un troisième et je m'éloigne l'air de rien. Je tremble un peu, je l'ai échappée belle, me voyant déjà, torturée, dans une salle d'interrogatoire à devoir avouer toute sorte de crimes que je n'ai pas commis.

 

Chez moi, dans ma tanière, je suis enfin en lieu sûre.


C'est l'été à Tel Aviv, j'ai acheté un manteau en fourrure de loup que je ne porterai peut-être jamais mais je me jure à moi-même de ne plus jamais ô grand jamais essayer de jouer les super héros sauveuse de chien errant.



 

 

 

 

 

Par ninongold
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 4 mars 7 04 /03 /Mars 18:26

   

 

ng bottinesCe soir là je décidai d'étrenner mes nouvelles bottines.

Achetées à la va vite un samedi midi chez un French Trotters rempli de femmes avide d'achat, j'avais décrété que je serais capable de parcourir Paris sur des talons de quinze centimètres.

Carrie Bradshaw a bien tenu six saisons sur des échasses dans les rues de New York alors pourquoi pas Ninon Gold!

En plus, ce soir, ma copine voisine Marie m'embarque à un cocktail de bienfaisance. Bienfaisance pour qui pour quoi? Je ne sais pas mais it's so Sex and the city que pour l'occasion, je mets ma robe nude Vanessa Bruno en hommage à l'épisode ou Carrie porte la sienne lors de sa première date avec Big.



Tonight, I feel like à New York et je m'imagine déjà à ce cocktail une coupe de champagne à la main, remarquée par ce beau blond un peu en retrait qui m'aborde en m'avouant du bout des lèvres qu'il est le parrain de ce cocktail de bienfaisance en l'honneur de Choses et de Bidules. Le jeune homme plein d'avenir me prend la main et me propose de partir en croisière sur les Iles Cook à bord de son yacht privé dès ce soir.

 

Retour à la réalité, il est 20 heures, je suis en retard.

J'enfile les bottines, fais trois petits pas jusqu'à mon miroir et prends note de deux détails de la plus haute importance mais dont je n'ai pas le temps de me préoccuper plus sérieusement.

Détail numéro 1, les bottines sont trop petites et trop hautes. Risque de tordage de cheville ou d'amputation d'orteils. Solution? Une paire de ballerines glissée dans le micro sac pour le chemin du retour.

Détail numéro 2, la robe nude est très nude, trop nude et bien trop moulante... Risque de faire un peu trop d'ombre à Zahia Dehar. Solution? Garder mon Loup sur les épaules toute la soirée.

Un coup de mascara, crinière folle et me voilà prête à rendre gagas les vieux donateurs du cocktail de bienfaisance.

 

Je sors de chez moi en trombe tout en réalisant que j'ai pris le mauvais sac, celui sans mes ballerines. Ca doit être un signe de Dieu qui veut me punir d'avoir acheté ces fichues bottines sans avoir effectuer le petit tour de prestige réglementaire dans le magasin. Pas le courage de remonter le dédale d'escaliers et c'est ainsi débuta la chasse au transport.



Dans un épisode de Sex and the city à New York, Carrie hèle un premier taxi et l'affaire est dans le sac (le sac avec les ballerines). Dans Sex and the city à Paris, le premier taxi n'est pas dispo, le second a terminé son shift et rentre chez lui, le troisième ne veut pas d'une course dans le XVIeme, le quatrième ne veut pas que je monte car j'ai un manteau de fourure (ça faisait longtemps tiens!) et le cinquième m'annonce qu'il ne prend pas de passagers en dehors des stations de taxi. "Et elle est ou cette station?" je m'écris avec impatiance, les pieds (déjà) en compote. "Madame, je vous prierais de ne pas être agressive avec moi" me répond il et le voilà qui remonte sa fenêtre et démarre.

Je cherche une fichue station des yeux et en apperçoit une un peu plus loin. Une dizaine de parisiens font la queue. Je vais mourir, là, seule sur ce trottoir pour cause de compressage de pieds.



Je m'avance vers ces hommes, ces femmes, qui attendent, debout dans le froid. Ils ne réalisent pas, ces bienheureux, la chance qu'ils ont de porter des chaussures à leur taille tandis que moi, Ninon Gold, tel un Jésus sur son chemin de Croix, je souffre le martyr et  attend désespérément un miracle de Dieu, si tant est qu'il existe...

"Ninon?" Cette voix, je la reconnais, c'est Gabriel, preums' dans la queue du taxi. Dieu? Merci! "Tu vas ou habillée dans cette tenue?" Et tel un choeur de tragédie grecque, tous, curieux de savoir ou diable vais je habillée dans cette tenue, se retournent et m'observent discrètement. 

"Je vais à un cocktail de bienfaisance" dis je assez fort pour que le commun des mortel ai accès à info de taille.

"Ahhh, voilà donc ou cette jeune femme se rend avec tant d'aisance. Elle va à un cocktail de bienfaisance" chuchote le Choeur, rassuré

"En l'honneur de quoi?" me demande Gabriel. Je lui réponds que j'n'en sais rien, que je m'en tape et que je suis en retard.

C'est ainsi que sauvée par mon ami, je me retrouvai assise, au chaud dans un taxi.



Whatsapp de Marie "Ninon, je t'attends à l'entrée au cas ou..".



"Au cas ou"? Pourquoi avoir rajouter ce "au cas ou"? "Au cas ou quoi? Au cas ou je me trompe de porte et me retrouve enfermée dans une maison close, destinée à vendre mon corps jusqu'à avoir remboursé ma liberté?" Cette idée me fait sourire mais je ne suis pas rassurée pour autant.



Arrivée à bon port, les pieds un peu reposés, Gabriel m'éjecte du taxi et je tombe nez à nez sur une Marie-ahurie.

"Tu restes à l'entrée au cas ou, quoi???" Dis je à la rigolade

"Au cas ou tu as mis ton Loup! c'est un cocktail contre la violence faite aux animaux..."

Gloups...

Le Loup, véxé, prend vie et glisse de mes épaules, Marie découvre ma tenue très légère

"Et la violence faite aux femmes..."

J'ai comme l'impression que ma tenue n'est pas très réglementaire aux yeux de ma copine voisine.

Marie me rappelle que c'est plus ambiance vieux donateurs en noeuds pap' que teufeurs dans un squat. J'entrouvre les bras et penche la tête sur le côté ambiance "Fidèles apôtres, prenez moi telle que je suis" Ca fait rire Marie.

Feu vert! Cellule de crise évitée, c'est à petit pas que j'entre dans la fausse aux bienfaiteurs. Après tout, tenue indécente ou non, il s'agit d'un cocktail contre la violence faite aux femmes, ce n'est ni ici ni ce soir que je vais me faire lapider. Fière de ma trouvaille, je pénetre dans la salle de réception jusqu'à ce que je m'arrête net. Je suis tétanisée, la musique de fond et les conversations bourdonnent dans mes oreilles, j'ai chaud.

Cellule de crise! Je suis partagée entre le fou rire et la crise nerf. Dans la salle, 80% de princes saoudiens accompagnés de leurs femmes vêtues de la fameuse tenue d'usage, un grand pan de tissu noir laissant tout de même apparaître de beaux yeux maquillés avec soin. Quand au 20% restants, ce sont les serveurs, la fameuse poignée de vieux donateurs et moi. Peu à peu, une rumeur s'élève et chacun commence à remarquer cette jeune femme pleine de cheveux fous et à la robe très moulante et transparente qui s'est glissé parmi eux.



"Ninon mais qu'est ce que tu fous là?" C'est Marie qui vient à ma rescousse. "Tu t'es plantée de porte! Là c'est le cocktail pour blablabla...." Je n'écoute plus, j'ai les jambes en coton et me laisse bravement guider vers la sortie par mon plus fidèle apôtre.

 

Dans la seconde pièce, je me rue sur une chaise avant que mes jambes ne se dérobent et décide de retirer les bottines de mes petits petons blessés.

Parmi les élégants donateurs, moi, Cendrillon des temps modernes, je me dirige vers le bar chercher la coupe de champagne qui fera apparaître le beau prince sur son yacht. Nus pieds et enveloppée d'une robe quasi invisible, il se peut que je le fasse fuir ou que la police m'embarque pour trouble à l'ordre public mais qu'importe car dans le brouhaha du cocktail on peut entendre le choeur de la tragédie grecque se méprendre totalement en récitant ces quelques vers "Quel bel exemple de femme avons nous là qui préfère toute nue s'exhiber plutôt que sous la fourrure d'un pauvre Loup danser".



 

 

Par ninongold
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Dimanche 4 mars 7 04 /03 /Mars 18:26

 

Par ninongold
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 20 avril 3 20 /04 /Avr 19:40

ninon-gladiateur.jpg J'ai déjà évoqué la passion que je voue au Vélo.

Ce besoin insatiable, debout sur les pédales, de dominer le commun des Mortels. Ce besoin de me faire remarquer parce que je me faufile entre les voitures, vitesse et agilité d'un félin, ce besoin de me faire mater parce que je suis en micro short, débardeur remonté sur le bidon, ce besoin de leur montrer à tous à quel point, moi, Ninon Gold, je suis bien plus bonne que la plus bonne de leur copines.

Oh, c'est peut être du à un manque de reconnaissance quand j'étais mioche mais à vrai dire, je m'en tape et toujours est il que parader sur mon compagnon m'a permis depuis, de crouler sous la reconnaissance d'illustres inconnus, trop heureux d'avoir eu le privilège de croiser une incroyable créature à moitié nue, roulant à toute vitesse debout sur son vélo.

 

Or, voilà une semaine que je me déplace en BM Double pieds depuis qu'un malfrat m'a dérobé ma monture. Un vieux vélo rouillé sans aucun charme ni indispensable attribut si ce n'est sa capacité à supporter mes sauts, dérapages, coup de freins soudains et autres frasques.

Un peu comme une vieille secrétaire devenue à moitié aveugle que l'on garde par habitude et par respect...

 

Lors de la macabre découverte, ma première pensée pleine de tristesse et de haine d'avoir été délestée de mon bien le plus précieux aurait du être:

"Connard de voleur, qu'il crève d'un cancer des couilles à cet instant même. Bon, je vais m'acheter ce nouveau vélo canon à 26 vitesses que j'ai repéré chez Décathlon tandis que le voleur agonise".

 

Ma première pensée fut plutôt:

"Connard de voleur, Tel Aviv est une ville microscopique, moi, Ninon Gold, je vais passer ma vie à la recherche de ce connard de voleur. Et lorsque je le retrouverai..."

Ma pensée s'arrêta là d'autant plus que le soir même, je sortis, m'abeuvrai de vodka redbull et enfouis au fin fond de ma personne toute envie de vengeance... Vengeance qui n'attendait qu'une bonne occasion pour ressurgir tel un loup patient tapi sur la mousse.

 

 

Ce soir, j'ai rendez vous avec Shahar. C'est une blindate. Je n'en ai pas fait depuis ma période Myspace en 2004 mais c'est mon copain Julian qui insiste depuis un mois pour que je rencontre l'animal et sa description était si alléchante que je ne pouvais refuser.

J'ai toujours une dent contre Julian depuis le jour ou il m'envoya postuler pour un job de pute dans un bordel russe (voir Keep Rocco, une Aventure israélienne) mais là, au pire, arrivée à l'entrée du bar, je me rends compte que le Shahar attablé un peu plus loin ne correspond pas à ladite description et je passe mon chemin comme un prince. Shahar prendra ça pour un lapin comme un autre et Julian passera pour un con. Par contre, si le Shahar a vraiment le sex appeal d'un Gladiateur et l'humour de Woddy Allen (pas le contraire, Dieu, s'Il Vous Plait) alors je me dois de susciter en lui un désir fou!

 

Je file chez ma copine Suara qui a un penchant pour les robes de putes et lui en emprunte une, minuscule, en soie sauvage dos nu qui s'ouvre de haut en bas par une fine ouverture éclair. Une paire de talons de quinze centimètres qui va transformer ma démarche, crinière folle, longs cils noirs et levres rouges sang.

Shahar, méfie toi, je mords!

 

Je sors de chez moi, ne doutant pas de l'effet que je vais faire au malheureux tandis qu'au moment de héler un taxi, j' aperçois un trentenaire chauve, roulant paisiblement au guidon de mon vélo. J'en ai le souffle coupé.

C'est mon vélo!

 

Le chauve s'arrête pour refaire son lacet. Je m'approche discrètement. Je tremble. Oui, c'est bien lui. La pédale droite cassée, le panier en ferraille cisaillé, c'est lui. J'ai chaud.

Cellule de Crise!

- Dans un film américain, l'héroïne saute sur le voleur, arrive à le maîtriser car son père était un grand flic respecté, mort sous les balles des Méchants mais qui a eu le temps d'enseigner à sa fille l'art du ju ji tsu. L'héroïne reçoit une médaille d'honneur et verse une larme devant le drapeau américain.

- Dans un film israélien, l'héroïne saute sur le voleur, le voleur avait un tournevis dans sa poche, plante le tournevis dans le ventre de l'héroïne et la laisse crever, seule comme un chien. (Il repart quand même avec le vélo).

- Dans un film français, l'héroïne saute sur le voleur qui n'est autre que François Pignon interprété par Dany Boon. L'histoire se termine bien mais sans Oscars.

 

Dans l'histoire de Ninon Gold, l'héroine, en pleine cellule de crise ne sait pas tuer à mains nues, n'a pas forcément envie de se déverser de son sang dans l'arène et ne trouve pas que le voleur ait une tête de rigolo. C'est pourquoi elle opte pour la filature discrète et accessoirement le 911 local.

 

Oubliés les Shahar gladiateur, je suis à la poursuite de mon voleur de vélo! Par chance, il n'a pas l'air pressé et se ballade l'âme en paix. 

 

"Allo la Police? Je m'appelle Ninon Gold..."

 

Je leur raconte tout... Mon vieux vélo, le chauve trentenaire, mes talons, ma détermination à récupérer mon engin, ma rendez vous galant avec un inconnu que je suis en train de planter, la rue exacte ou je me trouve, les faits et gestes du chauve.

 

"Continuer de le suivre. Nous envoyons quelqu'un. Biiiiiip"

 

D'un coup, voilà que le chauve bifurque dans une rue un peu sombre. Je le suis toujours et réalise que c'est la rue des Putes. Rire. J'aperçois quelques silhouettes déhanchées. Le chauve s'arrête à coté de l'une d'elle. Je ralentis mon pas. Un calme sincère. Aucun bruit jusqu'à ce que l'intro de Don't stop 'till you get enought vienne réveiller les morts du fin fond de ma poche. Le-téléphone-j'ai-oublié-d'l'éteindre. Je suis figée, le voleur se retourne, son regard plongé dans le mien. La pute aussi me regarde et disparait aussi vite qu'elle est apparue. Pendant un tiers de seconde, je me demande ce que j'ai de si effrayant jusqu'à ce que je me rende compte que ce n'est pas moi qu'elle regardait, mais elle, un peu plus loin, tapie, ma vengeance, la voiture de flic toute lumière éteinte, je fais un grand geste et la voilà qui démarre, pimpompime à en éclater les tympans d'un sourd et pile devant le malheureux chauve qui me regarde pétrifié. Ils sont six hommes à sortir de la voiture et à entourer le chauve.

 

"Vous le reconnaissez?"

 

Me demandent les flics. 

  

"Mais j'ai jamais baisé cette pute!"

 

Annonce le chauve.

 

Un ange passe.

Les six flics se tournent tous alors vers moi.

 

"J'allais à un blindate"

 

Je rétorque comme pour justifier ma tenue.

Mi rassurés mi déçus, mes nouveaux amis questionnent le chauve au sujet du vélo. Le chauve annonce l'avoir acheté il y a quelques jours à une tierce personne dans la rue. J'ai envie de lui demander s'il a le reçu comme le font les vendeurs de rue à Miami (voir Ami Ami, American Story) mais je réalise que personne ne me prendrait au sérieux. Je m'abstiens.

Les flics me demandent si je reconnais formellement mon vélo. Oui. Si je souhaite le récupérer. Ba oui, j'ai pas traversé tout Tel Aviv sur des échasses pour finalement abdiquer si prês du but. Si j'ai l'intention de porter plainte pour vol.

 

Citoyens de Rome, vous êtes là ce soir pour assister à l'éventuelle mise à mort d'un gladiateur. A votre droite, le voleur chauve trentenaire, le perdant (il perd son honneur et son vélo) et à votre gauche, la championne Ninon Gold qui va devoir décider du sort du malheureux.

1/ Si elle porte plainte, elle doit aller dès ce soir au commissariat. Habillée très court, on va encore une fois la prendre pour ce qu'elle n'est pas, ça risque de durer des heures, elle commence à avoir faim et aimerait bien terminer sa soirée avec un drink en compagnie du Shahar et plus, si affinités.

2/ Si elle opte pour la clémence et décide de ne pas porter plainte, elle file avec son vélo et a tout juste le temps de ne pas arriver trop en retard à son deuxième combat de la soirée avec l' adversaire de taille, l'invaincu Shahar.

 

"Je ne vais pas porter plainte".

 

La foule, avide de sang, rage. Le Chauve, rassuré, est quand même agacé de devoir rendre le vélo. Les flics me matent et moi, Ninon Gold, victorieuse, fais mes adieux aux citoyens de Rome et chevauche ma tendre épave tout en me demandant comment diable vais je réussir à pédaler avec mes talons de 15 centimètres et ma robe qui m'arrive juste en dessous des fesses.

Par ninongold
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires

Présentation

Derniers Commentaires

Vous aimerez peut être....

Recherche

Calendrier

Août 2014
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30 31
             
<< < > >>

Créer un Blog

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus