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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 20:41

 

ninon01 transparent"Cher Dieu,

On a pas toujours été super copain toi et moi mais aujourd'hui, je le jure devant toi-même, ça va changer, je vais tout faire pour te plaire.

Dieu, tu es là? C'est moi, Ninon Gold. Dieu?"


Pas de réponse.

 

 

Est ce donc ainsi que tout va finir? Arrêt cardiaque provoqué par une piqure de moustique-tigre sur la jugulaire? Ma vie défile sous mes yeux tel un mourant marchant dans le tunnel, aveuglé par la lumière. De ma vie, je vois des trucs tellement chouettes que ça me fend encore plus le coeur de savoir que je vais crever, seule, comme un chien en ce frais mercredi soir d'octobre.

 

Cette fois ci, plus d'espoir, c'est la fin, la vraie. Je suis lasse. Installée à mon bureau, je rédige ce billet tout en sachant que je n'aurai peut-être même pas le temps de le terminer et qu'il risquerait donc de finir comme celaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa

Ce qui serait d'ailleurs assez tragiquement glamour...

Quelqu'un, peut-être mon brave voisin vieux garçon bedonnant, alerté par le calme, défoncerait ma porte et me trouverait étendue sur le clavier de mon ordinateur, juste laaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa

 

Bref, je me meure.

 

Avant de rédiger mon testament (que je n'aurai pas le temps de faire signer à un notaire donc qui ne vaudra rien), je me dois, moi, Ninon Gold, de raconter au commun des mortels ma dernière histoire, mon dernier combat, celui que j'ai livré il y a une dizaine de minutes, celui que, cette fois ci, je ne gagnerai pas car la mort sera la plus forte.


 

Il y a dix minutes, dans cette même chambre.

 

Démaquillée, crémée, dents brossées et en pyjamée, je suis enfin, après une longue journée très-intéressante-mais-qui-n'est-pas-au-centre-de-l'histoire-donc-que-je-ne-raconterai-pas-maintenant, au calme, dans mon lit.

 

 

Je ferme les yeux, je le sais, je le sens: Sommeil profond prévu pour dans exactement 5,4,3...

J'ouvre les yeux à 2 et me redresse à 1. Raide comme la justice, je ne bouge plus, tous les sens en éveil, à l'affut de l'erreur qu'Il va comettre et qui me permettra de le localiser. 

Je crois repérer son bourdonnement à 11h, près du miroir vénitien. Si je bouge, Il saura que je sais et si après cela je ne bouge plus; Il saura que je sais qu'Il sait.


J'aurai ta peau, satané moustique!

 

Me voilà dans la peau d'un prédateur sans merci qui restera tapi dans l'ombre jusqu'à ce que ma proie ne se décide d'attaquer. Sauf que voilà, ma proie n'a pas du tout l'air de vouloir m'attaquer...


Un moustique qui n'attaque pas? Mmmmm c'est étrange...

D'un coup, mon sang (du moins ce qu'il en reste) ne fait qu'un tour.

Le cochon! Si le moustique ne m'attaque pas, c'est qu'il m'a déjà attaqué! Vengeance! Le moustique, repu, au ventre plein digère paisiblement mon sang sacré sur le miroir vénitien! Sauf que le moustique ne sait pas de quel bois moi, Ninon Gold, je me chauffe!

1, je tends le bras et allume ma lampe de chevet

2, j'attrape la première chose qui me passe sous la main, un pot de crême

3, je bondis face au miroir vénitien

4, j'écrase le moustique tout en réalisant que j' avais vu juste, il était bien là, je devrais songer peut-être à me reconvertir en chasseuse de moustiques

5, je brise le miroir vénitien mais j'm'en fous car j'ai tué le suceur de sang

6, j'ai gagné, c'est moi la plus forte! Ultime cri de victoire

Remise de mes émotions, je soulève le pot de crême afin de savourer mon triomphe et au milieu du bain de mon sang, je vois le petit corps mort de l'insecte.

Tiens c'est étrange, feu l'insecte est différent de tous les autres moustiques que j'ai pu tuer tout le long de ma vie. Celui ci est tigré. Et blanc.

 

C'est un moustique tigre blanc. Me suis faite sucer le sang par un moustique tigre blanc.


C'est angoissant un peu. Un moustique normal, on s'en fou mais et tigre et blanc, ça fou un peu les boules. En plus on en a pas mal parlé des moustiques tigres ces dernières années, mais on en disait quoi?

Du calme, Ninon, du calme. J'essaie de faire marcher ma mémoire selective mais incapable de me rappeler ce qu'ont dit les médias sur ces fichus moustiques tigres.

 


Dès lors, je dois opter entre 3 solutions. Balancer le miroir vénitien à la poubelle et oublier cette histoire de moustique tigre blanc, appeler ma mère médecin qui m'engueulera au sujet du miroir vénitien mais qui me rassurera au sujet du moustique tigre blanc ou aller sur internet, trouver le même miroir vénitien sur ebay, l'acheter peu importe le prix et aller sur Doctissimo en savoir plus sur les moustiques tigres blancs.


Je réfléchis. En attendant, ça commence à me gratter dans le cou, pile sur la jugulaire. Sauf que ça gratte différement, la douleur que je ressens est plus entre la brûlure et la morsure que la piqure. Ca ne pique pas comme une piqure de moustique ordinnaire car ce n'est PAS un moustique ordinnaire, c'est un fichu moustique tigre blanc. J'ai peur.

 

Incapable de me résonner et la pate tremblante, j'attrape mon ipad. Dans Google je tape "Piquée par un..." et voilà que google qui a assité à toute la scène termine ma phrase et propose "...moustique tigre".

Je clique. Avant de savoir si je vais crever, je veux être sûre d'avoir affaire avec l'animal.

"Comment le reconnaitre: Le moustique tigre est rayé noir et blanc (pas jaune) avec un effet argenté-pailleté"

Un regard pour le tueur, ok, rayé noir et blanc et effectivement un effet argenté-pailleté. J'ai donc officiellement été mordue (car il ne s'agit plus d'une piqure mais bien d'une morsure) par un moustique tigre. Un moustique tigre normal donc. Pas blanc, normal... Bref... Ca reste tout de même un moustique tigre.


Je lis en diagonale car je n'ai jamais su me concentrer pour lire ni les ennoncés des problèmes de math, ni les articles des journaux et encore moins les notices de médicaments alors je ne vois pas pourquoi j'arriverais à lire cet article sur les morsures de moustiques tigre. Ce que je retiens c'est:

- Chikungunya

- Il n'existe pas de médicaments spécifiques qui permettent de guérir la maladie

Ca veut dire que je vais mourir.

Voilà.

 

 

 

"Dieu? C'est encore moi, Ninon Gold, j'ai bien réfléchi et je sais quels vont être mes compromis quand à ma survie. Je vais respecter les 10 commandements."

 

J'ai pesé le pour et le contre et franchement, ça me convient plutôt pas mal. Par exemple ne pas convoiter mon voisin... J'ai une vie géniale, je n'ai rien à envier au vieux garçon bedonnant...

Il est aussi question de ne pas faire travailler mon bétail le samedi, ok! J'abdique, je ne porteai plus Le Loup qu'en semaine...

 

 

Y'en a juste un qui me tracasse, c'est cette histoire d'honorer mon père et ma mère... C'est que, en ayant brisé le miroir vénitien, je perds quelques points... Je peux toujours dire que c'est mon frêre qui l'a brisé mais dans ce cas là j'enfreins le commandemant de ne pas faire de faux témoignage sur mon prochain...

Et en donnant de l'importance à ce miroir vénitien, je voudrais pas que Dieu pense que j'en fais un martyre et encore moins une idole, car les idoles, ça aussi oulala, commendement numéro 2, j'ai pas intérêt à avoir d'idoles...

 

 

Suis fichue, vais mourir, seule, comme un chien... Même pas capable de respecter les 10 commandements si ce n'est l'adultère car je ne suis pas mariée...

 

Je dois me ressaisir et lire cette page sur le chikungunya de a à z afin de reconnaitre les premiers symptomes de cette terrible maladie qui va me foudroyer et que je ne vais pas tarder à ressentir.

Cette fois-ci, une lecture un peu plus approfondie me permet de découvrir un point plus ou moins soulageant "La maladie se manifeste entre 4 et 12 jours"

Ca tombe bien, je laaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa

 

 

 

 

28 jours plus tard

 

Je n'ai visiblement pas attrapé le chikungunya.

A ce jour il  n'existe toujours pas de traitements et de vaccins pour combattre cette terrible maladie.

 

 

 

Maman, je plaisantais au sujet du miroir vénitien, il est toujours en un seul morceau mais en me servant de lui, je trouvais que ça rendait mon histoire un peu plus tragique et drôle à la fois.

 

Dieu, à ce jour je n'ai toujours pas réussi à respecter les 10 Commandemants mais j'y travaille, promis.

 

Cher Voisin, désolée d'avoir porté un faux témoignage à votre sujet, en effet, vous n'êtes pas un brave vieux garçon bedonnant, vous êtes seulement un brave vieux garçon.

 

ps: Dieu, comme tu vois, je fais des efforts. Smiley clin d'oeil.

 

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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 10:47

ninon01 transparent

Winter is coming à Tel Aviv. C'est l'occasion tant attendue après six longs mois de canicule d'ouvrir la "Valise Hiver" et d'exécuter mon petit rituel que j'aime tant, réveiller le Loup de l'hibernation. Je le caresse longuement, ferme les yeux et repense à notre première rencontre il y a quelques années de cela...

 

Midi, Boulevard Rothschild, Tel Aviv, Israel.

C’est l’été.

Ici, l’été rime avec 90% d’humidité non-stop qui rime avec grosses gouttes de transpiration qui dégoulinent dans mon dos non-stop qui rime avec un « pourquoi n’ai-je pas fui l’été à Tel Aviv » non-stop.


A pied je suis, depuis que le voleur le plus stupide du quartier a dérobé la roue arrière de mon ami-vélo-épave. Stupide car s’il avait un minimum de connaissance en la matière, il aurait vu que cette même roue, victime de l’usure du temps n’était plus qu’un tube de caoutchouc élimé. Mais le voleur, peut-être un peu trop pressé ou pas assez exigent en matière de rapport qualité-vol préféra amputer la roue, laissant mon vieux vélo à l’état de malheureux cul de jatte. Du coup, hésitant encore entre achat d'un nouveau vélo ou simple échange de roue, voilà une semaine que moi, Ninon Gold, je marche et si ce jour-là c’est à dos de vélo que j’avais traversé le boulevard Rothschild, je n’aurais jamais fait cette rencontre qui allait déterminer mon niveau d'adaptation aux rudes froids polaires parisiens.


Là, j’ai chaud malgré la tenue légère, débardeur dos nu et fidèle micro short qui m’a l’air d’outrageusement raccourcir avec les années. Je suis en chemin pour la plage, j’ai rendez-vous avec Julian qui doit m’aider à trouver un taf. Je suis en cellule de crise constante depuis que je me suis mise dans la tête que je voulais à tout prix posséder la montre J12 de Chanel. Je suis en retard mais je m’en fou car c’est Julian et de toutes….


POUCE!

Je m’arrête net.


J’ai un vertige et mon petit cœur se met à battre comme un fou furieux. On dit toujours que "ça arrive au moment ou on s'y attend le moins", je n'y ai jamais cru mais là je le sens, c'est un véritable coup de foudre et Dieu sait que je ne m'y attendais pas. En face de moi, la vitrine d’une vieille boutique vintage, dans cette vitrine, un mannequin poussiéreux arbore un long manteau de fourrure. Le mannequin, sourire figé, regard vide. Le manteau, une force dans chacun de ses poils m’attire vers lui. Je rentre dans la boutique, pas de clim, je me liquéfie, la seule partie sèche de mon corps, c’est ma gorge et lorsque je lance un « y’a quelqu’un ? » dans un hébreu hésitant, j’ai l’impression d’être un pré ado en train de muer.


Un petit octogénaire que je n’avais pas remarqué jusque là s’avance vers moi et me dit quelque chose que je traduis comme un "je peux vous renseigner?", je lui fais un signe vers le chaud manteau. Le regard du petit bonhomme s'assombrit et il secoue la tête. Langage universel, je comprends que le vioc n’a pas l’intention de me filer l’animal. Regard interrogateur, je m’avance vers la vitrine et touche la manche poilue, le petit vieux vient à moi «No ! » J’ai la tête qui tourne et j’ai comme un déjà vu.


China Town, un homme d’affaire interpellé par une boule de poils qui gazouille dans une boutique miteuse, le vendeur, un petit chinois qui refuse catégoriquement de le lui vendre peu importe le prix.


Quand diable ais-je assisté à une pareille scène… Gremlins ! Les Gremlins, Guizmo, ne pas le nourrir après minuit et tout le tralala. Le vieux ne veut pas me vendre son manteau car c’est un manteau à super pouvoir !

Je me retourne vers le petit bonhomme, le regard plein de détresse comme celui du Chat Potté dans Shreck, en même temps j’implore Dieu de sa clémence, il me faut ce manteau, il me faut ce manteau, il me faut ce manteau.

Ca m'a l'air de faire son effet car le petit bonhomme hausse les épaules l'air dépité et s'approche du mannequin.

C'est fou! Qui l'eu cru! En un regard, le bonhomme craque et me confie son bien le plus précieux! J'avais conscience de mon charme fou mais pas à ce point.

Tout en regardant le vendeur délester le mannequin du manteau, c'est la victoire en moi, je suis mue d'une force incommensurable, je suis prête à conquérir le monde et plus si affinité. Avec la plus grande précaution, l'homme m'aide à enfiler le manteau. Miroir mon beau miroir, aujourd'hui, c'est un petit pas pour Ninon Gold mais un grand pas pour l'humanité et l'humanité toute entière telle que nous la connaissons n'a jamais rien vu d'aussi sexy. 


"Be carefull" me dit il, les yeux dans les yeux, suivi par un "Haouuuuu" qui foutrait presque un peu les boules si j'étais seule avec lui dans un cimetière.

J'en déduis que c'est un loup qui git sur mes épaules tout en me demandant en quoi je dois être si carefull. Le manteau prend il vit les soirs de pleine lune? Vais je risquer les affronts des végétaliens défenseurs des bêtes? C'est tout un tas d'aventures que je m'apprête à vivre avec ce Loup, mon Loup et quelques dizaines d'euros en moins dans ma poche plus tard, je suis sur le chemin du retour, le Loup plié dans un sac. 10 appels en absence de Julian avec qui j'avais rendez vous, oups, l'acquisition de la J12 attendra. J'ai chaud et je pense à cet hiver à Paris dans ma rue de Charonne, le Loup sur mes épaules, fière.

 

Dieu, vous êtes dans les parages? Si vous n'êtes pas trop occupé à régler des conflits ou à en créer, I say a little pray for you et je vous demande un hiver rude et sans merci.

 

Je suis en plein monologue intime avec Dieu lorsque je croise Max, un ancien amant que je n'avais pas revu depuis notre tragique rupture il y a trois ans de cela, le soir ou il m'annonça qu'il partait s'installer à New York pendant un an. Coeur brisé, je m'en étais finalement remise rapidement mais le croiser ce jour là me rendit un peu nostalgique. Max me regarde de bas en haut, sourire charmeur

"Toujours adepte des petits shorts très courts" me balance t'il. Ca me fait sourire.

C'est à ce moment là que je remarque à ses côtés, un chien, ce genre de méchant chien mangeur d'enfant, pitbull ou amstaf, je ne sais pas mais un chien avec une grosse gueule sous muselière (par chance).

"C'est Yves" me dit il. Enchanté Yves, tu es moche, tu pues, ton maître est un connard, tu as une muselière et moi j'ai un Loup dans mon sac dis-je au chien par transmition de pensée. Je m'approche par politesse pour lui donner une petite tape compatissante sur le museau tandis que Max se dresse entre nous.

"Je ne te conseille pas, il est très agressif"

Sur ce, le toutou, après avoir flairé mon sac et y avoir apparemment détecté présence plus puissante que lui s'allonge sur le dos et se met à couiner ambiance "je veux des câlins". Max le regarde, interdit. Je jubile, le voilà qui voulait craner de virilité avec son aboyeur mais moi, Ninon Gold, j'ai l'arme secrète, le Loup, c'est moi la chef de la meute et je ne risque plus rien!

Max fait nettement moins le fiérot, mâle dominé avec ses yeux de merlan frit, ça ne fait qu'augmenter mon pouvoir. Je l'entends me parler d'un échange de numéro de téléphone mais lui et son chien de cirque ne m'intéressent plus car mon attention est soudainement attirée par les mots "PRIME IMPORTANTE"  inscrits sur une affichette agraphée sur un arbre centenaire. Sur l'affichette, il y a aussi la photo d'un caniche, je m'approche "PERDU, PRIME IMPORTANTE". Les mots "prime importante" me font rêver quelques instants tandis qu'au même moment ce même caniche me file entre les jambes. Je je reconnais, j'en suis sûre. "Prime importante, prime importante" ces mots résonnent dans ma tête, j'ai des $ dans les yeux et la montre J12 de Chanel au poignet lorsque j'imagine une brave grand mère pleine de reconnaissance me donner une poignée de billets en échange de l'aboyeur.

 

  Le temps d'arracher l'affichette, je m'approche de l'animal, farouche, il me regarde, s'enfuit à quelques mètres et plante son regard dans le mien. S'il pouvait parler, il me dirait "Nananananère! Tu ne toucheras jamais la prime-importante". Je hais ce chien, je hais les chiens, je hais tout ce qui a des poils en général...

Mon Loup! Je me rappelle que je détiens mon manteau magique, le loup dompteur de toutous. J'ai un plan! Je sors discrètement le Loup du sac et m'approche à petit pas. Le chien recule, regarde mes moindres faits et gestes, ça n'a pas l'air de l'amadouer et il s'enfuit de plus belle. 


Cellule de crise! Il est hors de question que la prime-importante me passe sous le museau et dans un dernier espoir, je lance le Loup sur le chien tel un pauvre pécheur son vieux filet sur un banc de maigres poissons.

Le chien, loin d'être décontenancé prend fuite et là, en plus de la prime, c'est mon nouveau manteau auquel je suis en train de dire adieu. Sprinteuse hors paire, je m'élance derrière le voleur. Mon Loup a pris vie, c'est émouvant, j'aimerais faire POUCE, sortir mon iphone et faire une photo Instagram qui ferait marrer le commun des mortels mais pas le temps et il est hors de question que je rentre chez moi bredouille. La course poursuite continue sur la route jusqu'à ce que le manteau sur pattes passe sous les roues d'un jeunot à vélo, pas mal le jeunot d'ailleurs mais je suis trop occupée à me demander quelle genre de prime je recevrais si c'est un cadavre que je rends à la mère grand.

Je m'approche du manteau, inerte et j'ai peur de ce que je vais trouver en dessous. Je jette un coup d'oeil au jeunot, pétrifié à l'idée d'avoir écrasé un unique specimen de manteau de fourrure vivant.

Délicatement et pleine d'appréhension, je soulève le Loup. Rien! Ce connard de chien a disparu! Le jeunot tourne de l'oeil et moi, Ninon Gold, je bouillonne de haine et de désespoir lorsque je ramasse mon nouveau manteau en lambeaux. C'est alors que j'entends toutes sortes de voix autour de moi. Des badauds curieux se sont arrêtés assister à la scène.


"Il est mort?" Me demande le jeunot tremblotant. Toujours accroupi sur le lieu du crime, j'hésite entre la crise de rire et la crise de larmes. Le petit vendeur m'avait bien dit d'être carefull, pas parce que mon manteau était magique mais parce qu'il était très fragile.

"J'ai appelé les urgences vétérinaires, ils arrivent" j'entends un peu plus loin.

Dieu par pitié, télétransportez moi n'importe ou!

Et c'est à cet instant que j'eus encore une fois la preuve que Dieu existe. Le jeunot, trop plein d'émotion et surement angoissé de devoir s'expliquer face aux urgences vétérinaires s'évanoui si bien que toute l'attention est enfin portée sur autre chose que sur mon manteau. J'en profite pour m'éclipser et rentrer chez moi en vitesse. En chemin, j'essaie d'éviter tous les animaux vivants que je croise.

D'un coup, qui voilà dans un coin et qui fait moins le malin car il est en quand même passé sous les roues d'un vélo? Le fichu caniche, responsable de la mort précoce de mon Loup. Je ne sais pas si j'ai encore le courage de combattre, tant pis pour la prime-importante, je laisse ça à l'un des sans abri du quartier qui saura en faire bon usage. J'abdique, continue mon chemin sauf que le chien me suit! Alors c'est comme ça que ça fonctionne? Fuis moi je te suis, suis moi je te fuis? Mecs et Chiens, même combat? Dans un élan de bonté, je chope le toutou et regarde l'adresse indiquée sur l'affichette, ce n'est pas très loin, et le chien dans un bras, le Loup dans l'autre, je finis par me rendre chercher la prime-importante, plus en nage que jamais.

 

Toc, toc, toc.

La porte s'ouvre et, ô miracle, comme dans mon imagination, c'est une gentille grand mère qui se tient face à moi. Sauf que dans ses bras se trouve un caniche, le même que je tiens dans les miens. Alors, reprenons, si le caniche que je porte n'est pas celui de la prime importante alors qui est ce?

 

"C'est elle!" J'entends dans mon dos

 

Pétrifiée, je comprends que je me suis trompée de clébard.

Je me retourne en slow motion, sourire gêné, prête à partir dans une explication abracadabrante du pourquoi du comment. Par ou commencer d'ailleurs? L'acquisition du Loup aux pouvoirs magiques, la J12, Max et compagnie, l'accident de vélo, les urgences vétérinaires? J'ai chaud, j'ai envie de chialer et mes espoirs de prime-importante s'éteignent définitivement.

Je brandis l'affichette face à une horde ahurie qui m'a pris pour une trafiquante professionnelle de chiens de race.

Je balbutie un "pardon", dépose tendrement le caniche dans les bras de celle qui doit être la maîtresse du chien, ris bêtement tout en me demandant comment je vais m'en sortir cette fois ci. 

"Et ça, c'est quoi?" me demande t'elle en montrant le Loup.

De trafiquante professionnelle de chiens de race, je passe au statut de dépeceuse professionnelle de chiens de race.

La mémé s'avance de quelques pas "Oh, mais vous aussi vous avez un caniche! Qu'il est mignon, quel âge a t'il?" La maîtresse de Caniche 2 s'adoucit et les voilà qui partent dans une discussion canine, oubliant ma présence et celle du Loup inerte dans mes bras. Quel bonheur que ces conversations anodines des amoureux des bêtes. Un pas en arrière, un second suivi d'un troisième et je m'éloigne l'air de rien. Je tremble un peu, je l'ai échappée belle, me voyant déjà, torturée, dans une salle d'interrogatoire à devoir avouer toute sorte de crimes que je n'ai pas commis.

 

Chez moi, dans ma tanière, je suis enfin en lieu sûre.


C'est l'été à Tel Aviv, j'ai acheté un manteau en fourrure de loup que je ne porterai peut-être jamais mais je me jure à moi-même de ne plus jamais ô grand jamais essayer de jouer les super héros sauveuse de chien errant.



 

 

 

 

 

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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 18:26

   

 

ng bottinesCe soir là je décidai d'étrenner mes nouvelles bottines.

Achetées à la va vite un samedi midi chez un French Trotters rempli de femmes avide d'achat, j'avais décrété que je serais capable de parcourir Paris sur des talons de quinze centimètres.

Carrie Bradshaw a bien tenu six saisons sur des échasses dans les rues de New York alors pourquoi pas Ninon Gold!

En plus, ce soir, ma copine voisine Marie m'embarque à un cocktail de bienfaisance. Bienfaisance pour qui pour quoi? Je ne sais pas mais it's so Sex and the city que pour l'occasion, je mets ma robe nude Vanessa Bruno en hommage à l'épisode ou Carrie porte la sienne lors de sa première date avec Big.



Tonight, I feel like à New York et je m'imagine déjà à ce cocktail une coupe de champagne à la main, remarquée par ce beau blond un peu en retrait qui m'aborde en m'avouant du bout des lèvres qu'il est le parrain de ce cocktail de bienfaisance en l'honneur de Choses et de Bidules. Le jeune homme plein d'avenir me prend la main et me propose de partir en croisière sur les Iles Cook à bord de son yacht privé dès ce soir.

 

Retour à la réalité, il est 20 heures, je suis en retard.

J'enfile les bottines, fais trois petits pas jusqu'à mon miroir et prends note de deux détails de la plus haute importance mais dont je n'ai pas le temps de me préoccuper plus sérieusement.

Détail numéro 1, les bottines sont trop petites et trop hautes. Risque de tordage de cheville ou d'amputation d'orteils. Solution? Une paire de ballerines glissée dans le micro sac pour le chemin du retour.

Détail numéro 2, la robe nude est très nude, trop nude et bien trop moulante... Risque de faire un peu trop d'ombre à Zahia Dehar. Solution? Garder mon Loup sur les épaules toute la soirée.

Un coup de mascara, crinière folle et me voilà prête à rendre gagas les vieux donateurs du cocktail de bienfaisance.

 

Je sors de chez moi en trombe tout en réalisant que j'ai pris le mauvais sac, celui sans mes ballerines. Ca doit être un signe de Dieu qui veut me punir d'avoir acheté ces fichues bottines sans avoir effectuer le petit tour de prestige réglementaire dans le magasin. Pas le courage de remonter le dédale d'escaliers et c'est ainsi débuta la chasse au transport.



Dans un épisode de Sex and the city à New York, Carrie hèle un premier taxi et l'affaire est dans le sac (le sac avec les ballerines). Dans Sex and the city à Paris, le premier taxi n'est pas dispo, le second a terminé son shift et rentre chez lui, le troisième ne veut pas d'une course dans le XVIeme, le quatrième ne veut pas que je monte car j'ai un manteau de fourure (ça faisait longtemps tiens!) et le cinquième m'annonce qu'il ne prend pas de passagers en dehors des stations de taxi. "Et elle est ou cette station?" je m'écris avec impatiance, les pieds (déjà) en compote. "Madame, je vous prierais de ne pas être agressive avec moi" me répond il et le voilà qui remonte sa fenêtre et démarre.

Je cherche une fichue station des yeux et en apperçoit une un peu plus loin. Une dizaine de parisiens font la queue. Je vais mourir, là, seule sur ce trottoir pour cause de compressage de pieds.



Je m'avance vers ces hommes, ces femmes, qui attendent, debout dans le froid. Ils ne réalisent pas, ces bienheureux, la chance qu'ils ont de porter des chaussures à leur taille tandis que moi, Ninon Gold, tel un Jésus sur son chemin de Croix, je souffre le martyr et  attend désespérément un miracle de Dieu, si tant est qu'il existe...

"Ninon?" Cette voix, je la reconnais, c'est Gabriel, preums' dans la queue du taxi. Dieu? Merci! "Tu vas ou habillée dans cette tenue?" Et tel un choeur de tragédie grecque, tous, curieux de savoir ou diable vais je habillée dans cette tenue, se retournent et m'observent discrètement. 

"Je vais à un cocktail de bienfaisance" dis je assez fort pour que le commun des mortel ai accès à info de taille.

"Ahhh, voilà donc ou cette jeune femme se rend avec tant d'aisance. Elle va à un cocktail de bienfaisance" chuchote le Choeur, rassuré

"En l'honneur de quoi?" me demande Gabriel. Je lui réponds que j'n'en sais rien, que je m'en tape et que je suis en retard.

C'est ainsi que sauvée par mon ami, je me retrouvai assise, au chaud dans un taxi.



Whatsapp de Marie "Ninon, je t'attends à l'entrée au cas ou..".



"Au cas ou"? Pourquoi avoir rajouter ce "au cas ou"? "Au cas ou quoi? Au cas ou je me trompe de porte et me retrouve enfermée dans une maison close, destinée à vendre mon corps jusqu'à avoir remboursé ma liberté?" Cette idée me fait sourire mais je ne suis pas rassurée pour autant.



Arrivée à bon port, les pieds un peu reposés, Gabriel m'éjecte du taxi et je tombe nez à nez sur une Marie-ahurie.

"Tu restes à l'entrée au cas ou, quoi???" Dis je à la rigolade

"Au cas ou tu as mis ton Loup! c'est un cocktail contre la violence faite aux animaux..."

Gloups...

Le Loup, véxé, prend vie et glisse de mes épaules, Marie découvre ma tenue très légère

"Et la violence faite aux femmes..."

J'ai comme l'impression que ma tenue n'est pas très réglementaire aux yeux de ma copine voisine.

Marie me rappelle que c'est plus ambiance vieux donateurs en noeuds pap' que teufeurs dans un squat. J'entrouvre les bras et penche la tête sur le côté ambiance "Fidèles apôtres, prenez moi telle que je suis" Ca fait rire Marie.

Feu vert! Cellule de crise évitée, c'est à petit pas que j'entre dans la fausse aux bienfaiteurs. Après tout, tenue indécente ou non, il s'agit d'un cocktail contre la violence faite aux femmes, ce n'est ni ici ni ce soir que je vais me faire lapider. Fière de ma trouvaille, je pénetre dans la salle de réception jusqu'à ce que je m'arrête net. Je suis tétanisée, la musique de fond et les conversations bourdonnent dans mes oreilles, j'ai chaud.

Cellule de crise! Je suis partagée entre le fou rire et la crise nerf. Dans la salle, 80% de princes saoudiens accompagnés de leurs femmes vêtues de la fameuse tenue d'usage, un grand pan de tissu noir laissant tout de même apparaître de beaux yeux maquillés avec soin. Quand au 20% restants, ce sont les serveurs, la fameuse poignée de vieux donateurs et moi. Peu à peu, une rumeur s'élève et chacun commence à remarquer cette jeune femme pleine de cheveux fous et à la robe très moulante et transparente qui s'est glissé parmi eux.



"Ninon mais qu'est ce que tu fous là?" C'est Marie qui vient à ma rescousse. "Tu t'es plantée de porte! Là c'est le cocktail pour blablabla...." Je n'écoute plus, j'ai les jambes en coton et me laisse bravement guider vers la sortie par mon plus fidèle apôtre.

 

Dans la seconde pièce, je me rue sur une chaise avant que mes jambes ne se dérobent et décide de retirer les bottines de mes petits petons blessés.

Parmi les élégants donateurs, moi, Cendrillon des temps modernes, je me dirige vers le bar chercher la coupe de champagne qui fera apparaître le beau prince sur son yacht. Nus pieds et enveloppée d'une robe quasi invisible, il se peut que je le fasse fuir ou que la police m'embarque pour trouble à l'ordre public mais qu'importe car dans le brouhaha du cocktail on peut entendre le choeur de la tragédie grecque se méprendre totalement en récitant ces quelques vers "Quel bel exemple de femme avons nous là qui préfère toute nue s'exhiber plutôt que sous la fourrure d'un pauvre Loup danser".



 

 

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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 18:26

 

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20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 19:40

ninon-gladiateur.jpgJ'ai déjà évoqué la passion que je voue au Vélo.

Ce besoin insatiable, debout sur les pédales, de dominer le commun des Mortels. Ce besoin de me faire remarquer parce que je me faufile entre les voitures, vitesse et agilité d'un félin, ce besoin de me faire mater parce que je suis en micro short, débardeur remonté sur le bidon, ce besoin de leur montrer à tous à quel point, moi, Ninon Gold, je suis bien plus bonne que la plus bonne de leur copines.

Oh, c'est peut être du à un manque de reconnaissance quand j'étais mioche mais à vrai dire, je m'en tape et toujours est il que parader sur mon compagnon m'a permis depuis, de crouler sous la reconnaissance d'illustres inconnus, trop heureux d'avoir eu le privilège de croiser une incroyable créature à moitié nue, roulant à toute vitesse debout sur son vélo.

 

Or, voilà une semaine que je me déplace en BM Double pieds depuis qu'un malfrat m'a dérobé ma monture. Un vieux vélo rouillé sans aucun charme ni indispensable attribut si ce n'est sa capacité à supporter mes sauts, dérapages, coup de freins soudains et autres frasques.

Un peu comme une vieille secrétaire devenue à moitié aveugle que l'on garde par habitude et par respect...

 

Lors de la macabre découverte, ma première pensée pleine de tristesse et de haine d'avoir été délestée de mon bien le plus précieux aurait du être:

"Connard de voleur, qu'il crève d'un cancer des couilles à cet instant même. Bon, je vais m'acheter ce nouveau vélo canon à 26 vitesses que j'ai repéré chez Décathlon tandis que le voleur agonise".

 

Ma première pensée fut plutôt:

"Connard de voleur, Tel Aviv est une ville microscopique, moi, Ninon Gold, je vais passer ma vie à la recherche de ce connard de voleur. Et lorsque je le retrouverai..."

Ma pensée s'arrêta là d'autant plus que le soir même, je sortis, m'abeuvrai de vodka redbull et enfouis au fin fond de ma personne toute envie de vengeance... Vengeance qui n'attendait qu'une bonne occasion pour ressurgir tel un loup patient tapi sur la mousse.

 

 

Ce soir, j'ai rendez vous avec Shahar. C'est une blindate. Je n'en ai pas fait depuis ma période Myspace en 2004 mais c'est mon copain Julian qui insiste depuis un mois pour que je rencontre l'animal et sa description était si alléchante que je ne pouvais refuser.

J'ai toujours une dent contre Julian depuis le jour ou il m'envoya postuler pour un job de pute dans un bordel russe (voir Keep Rocco, une Aventure israélienne) mais là, au pire, arrivée à l'entrée du bar, je me rends compte que le Shahar attablé un peu plus loin ne correspond pas à ladite description et je passe mon chemin comme un prince. Shahar prendra ça pour un lapin comme un autre et Julian passera pour un con. Par contre, si le Shahar a vraiment le sex appeal d'un Gladiateur et l'humour de Woddy Allen (pas le contraire, Dieu, s'Il Vous Plait) alors je me dois de susciter en lui un désir fou!

 

Je file chez ma copine Suara qui a un penchant pour les robes de putes et lui en emprunte une, minuscule, en soie sauvage dos nu qui s'ouvre de haut en bas par une fine ouverture éclair. Une paire de talons de quinze centimètres qui va transformer ma démarche, crinière folle, longs cils noirs et levres rouges sang.

Shahar, méfie toi, je mords!

 

Je sors de chez moi, ne doutant pas de l'effet que je vais faire au malheureux tandis qu'au moment de héler un taxi, j' aperçois un trentenaire chauve, roulant paisiblement au guidon de mon vélo. J'en ai le souffle coupé.

C'est mon vélo!

 

Le chauve s'arrête pour refaire son lacet. Je m'approche discrètement. Je tremble. Oui, c'est bien lui. La pédale droite cassée, le panier en ferraille cisaillé, c'est lui. J'ai chaud.

Cellule de Crise!

- Dans un film américain, l'héroïne saute sur le voleur, arrive à le maîtriser car son père était un grand flic respecté, mort sous les balles des Méchants mais qui a eu le temps d'enseigner à sa fille l'art du ju ji tsu. L'héroïne reçoit une médaille d'honneur et verse une larme devant le drapeau américain.

- Dans un film israélien, l'héroïne saute sur le voleur, le voleur avait un tournevis dans sa poche, plante le tournevis dans le ventre de l'héroïne et la laisse crever, seule comme un chien. (Il repart quand même avec le vélo).

- Dans un film français, l'héroïne saute sur le voleur qui n'est autre que François Pignon interprété par Dany Boon. L'histoire se termine bien mais sans Oscars.

 

Dans l'histoire de Ninon Gold, l'héroine, en pleine cellule de crise ne sait pas tuer à mains nues, n'a pas forcément envie de se déverser de son sang dans l'arène et ne trouve pas que le voleur ait une tête de rigolo. C'est pourquoi elle opte pour la filature discrète et accessoirement le 911 local.

 

Oubliés les Shahar gladiateur, je suis à la poursuite de mon voleur de vélo! Par chance, il n'a pas l'air pressé et se ballade l'âme en paix. 

 

"Allo la Police? Je m'appelle Ninon Gold..."

 

Je leur raconte tout... Mon vieux vélo, le chauve trentenaire, mes talons, ma détermination à récupérer mon engin, ma rendez vous galant avec un inconnu que je suis en train de planter, la rue exacte ou je me trouve, les faits et gestes du chauve.

 

"Continuer de le suivre. Nous envoyons quelqu'un. Biiiiiip"

 

D'un coup, voilà que le chauve bifurque dans une rue un peu sombre. Je le suis toujours et réalise que c'est la rue des Putes. Rire. J'aperçois quelques silhouettes déhanchées. Le chauve s'arrête à coté de l'une d'elle. Je ralentis mon pas. Un calme sincère. Aucun bruit jusqu'à ce que l'intro de Don't stop 'till you get enought vienne réveiller les morts du fin fond de ma poche. Le-téléphone-j'ai-oublié-d'l'éteindre. Je suis figée, le voleur se retourne, son regard plongé dans le mien. La pute aussi me regarde et disparait aussi vite qu'elle est apparue. Pendant un tiers de seconde, je me demande ce que j'ai de si effrayant jusqu'à ce que je me rende compte que ce n'est pas moi qu'elle regardait, mais elle, un peu plus loin, tapie, ma vengeance, la voiture de flic toute lumière éteinte, je fais un grand geste et la voilà qui démarre, pimpompime à en éclater les tympans d'un sourd et pile devant le malheureux chauve qui me regarde pétrifié. Ils sont six hommes à sortir de la voiture et à entourer le chauve.

 

"Vous le reconnaissez?"

 

Me demandent les flics. 

  

"Mais j'ai jamais baisé cette pute!"

 

Annonce le chauve.

 

Un ange passe.

Les six flics se tournent tous alors vers moi.

 

"J'allais à un blindate"

 

Je rétorque comme pour justifier ma tenue.

Mi rassurés mi déçus, mes nouveaux amis questionnent le chauve au sujet du vélo. Le chauve annonce l'avoir acheté il y a quelques jours à une tierce personne dans la rue. J'ai envie de lui demander s'il a le reçu comme le font les vendeurs de rue à Miami (voir Ami Ami, American Story) mais je réalise que personne ne me prendrait au sérieux. Je m'abstiens.

Les flics me demandent si je reconnais formellement mon vélo. Oui. Si je souhaite le récupérer. Ba oui, j'ai pas traversé tout Tel Aviv sur des échasses pour finalement abdiquer si prês du but. Si j'ai l'intention de porter plainte pour vol.

 

Citoyens de Rome, vous êtes là ce soir pour assister à l'éventuelle mise à mort d'un gladiateur. A votre droite, le voleur chauve trentenaire, le perdant (il perd son honneur et son vélo) et à votre gauche, la championne Ninon Gold qui va devoir décider du sort du malheureux.

1/ Si elle porte plainte, elle doit aller dès ce soir au commissariat. Habillée très court, on va encore une fois la prendre pour ce qu'elle n'est pas, ça risque de durer des heures, elle commence à avoir faim et aimerait bien terminer sa soirée avec un drink en compagnie du Shahar et plus, si affinités.

2/ Si elle opte pour la clémence et décide de ne pas porter plainte, elle file avec son vélo et a tout juste le temps de ne pas arriver trop en retard à son deuxième combat de la soirée avec l' adversaire de taille, l'invaincu Shahar.

 

"Je ne vais pas porter plainte".

 

La foule, avide de sang, rage. Le Chauve, rassuré, est quand même agacé de devoir rendre le vélo. Les flics me matent et moi, Ninon Gold, victorieuse, fais mes adieux aux citoyens de Rome et chevauche ma tendre épave tout en me demandant comment diable vais je réussir à pédaler avec mes talons de 15 centimètres et ma robe qui m'arrive juste en dessous des fesses.

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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 16:54

ninon-money.jpg"Je suis désolé Madame, nous n'acceptons plus les billets de 500 euros. Et encore moins cinq billets de 500 euros".

 

 

Je jette à ce petit teigneux bedonnant de vendeur chez Pixmania un regard plein de mépris.

Pour le "madame" en premier temps, question de principe puis pour le coup des billets de 500.

A croire que moi, Ninon Gold, fidèle Loup sur les épaules, mini robe noire moulante, crinière relevée en chignon stricte et stilettos sans fin, j'ai un look de trafiquante!

 

Ce n'est pas parce que mon nouveau job me fait manipuler des liasses de billets de 500 euros que je suis un faussaire, arnaqueur de braves français qui cotisent pour leur retraite. Flûte alors.  Moi aussi je cotise après tout! Oui monsieur le juge, je cotise pour me payer un manteau en cachemire Eric Bompart.

 

Il faut savoir qu'après des mois de recherche, j'avais enfin trouvé le métier idéal. 

Assistante personnelle d'un Slovaque gay multi millionnaire qui s'enrichit en créant des sites internet coquins et qui prend plaisir à redistribuer sa fortune.

 

Ma fonction? Faciliter la vie du bonhomme. Trouver la meilleure assurance pour sa Ferrari, lui acheter des valises Hermes, faire recharger ses Montblanc, engager un grand chef français pour lui préparer son quatre heures, faire venir une esthéticienne pour son bouledogue, choisir des bijoux pour ses jeunes amants, le tout dans la plus haute discrétion que je n'ai pas mais que je sais simuler ainsi qu'une grande dose de professionnalismequi se situe surement quelque part entre mes douze centimètres de talons et mon chignon de secrétaire avertie.

Inutile de préciser que le salaire est en conséquence.

 

D'après mes petits calculs financiers, je roule en Ducati Monster, de ma J12 donne l'heure et dévalise French Trotter dans quatre mois d'agréable labeur.

 

Dieu, de tout mon coeur, merci! Je ne sais pas encore ce que j'ai fait pour mériter ça, mais merci.

 

Retour chez Pixmania.

Le teigneux me regarde de son oeil rond.

"Appelez moi le responsable, s'il vous plaît Monsieur" J'insiste sur le Monsieur.

Le nabot me répond qu'il est lui même le responsable, Madame. Je note qu'il prend un délicieux plaisir à prononcer ce dernier mot.

 

Je suis en pleine cellule de crise. Si je rentre chez mon Slovaque sans les cinq Ipad qu'il a commandé, j'échoue dans ma mission. Le Slovaque, déçu, risquerait de me congédier et là, adieu veau vache Monster...

Cette pensée m'effraie. Ne pas perdre ce job, ne pas perdre ce job, ne pas perdre ce job.

 

Je commence à angoisser sérieusement lorsque je me rappelle avoir croiser une BNP sur le chemin! Eurêka! J'ai un plan! Je vais déposer les billets de 500 euros sur mon compte en banque et payer ces fichus ipad avec ma carte visa.

Je suis toute excitée, j'aime lorsque les épreuves de la vie sont si simples.

 

Je file à la banque, me présente à la guichetière, une pauvre femme au regard triste, plein d'ennui et lui dépose les billets l'air mi malicieux mi secret ambiance "Oui, Madame, je suis quelqu'un de très important avec beaucoup d'argent".

La femme s'en contre fiche. Soit.

 

Je sors de la banque et remarque une échelle sous laquelle je passe sans me poser de questions, je ne suis pas superstitieuse.

Sauf qu'à peine arrivée devant le nabot de Pixmania, c'est avec horreur que je réalise que je n'ai pas ma carte visa.

Je tremble. Le nabot me regarde. Je lui explique honteusement la situation. "Retournez à la banque et retirez le tout en billets de 100 euros.

Pas bête le bedonnant. En un instant, toute la haine que j'éprouvais contre lui s'évapore, je commence même à lui trouver un certain charme.

Je sors une seconde fois du magasin et repasse sous l'échelle, juste pour prouver au commun des mortels que je n'ai peur de rien et que je suis invincible..

 

La même guichetière triste. Elle s'ennuie, je vais lui apporter un peu d'action, je nous sens supérieure à la race humaine, moi, mon Slovaque et tous nos beaux billets.

Sauf que lorsque la guichetière me demande ma carte d'identité et que je me rends compte qu'elle n'est pas non plus en ma possession, je fais moins la maline. J'ai beau lui dire que j'ai la carte Séphora à mon nom, la vieille peau ne veut rien entendre. Je lui rappelle que j'ai déposé à l'instant cinq billets de 500 euros sur ce même compte, 

"Je me souviens très bien de vous Mademoiselle, mais pour un retrait, j'ai besoin d'une pièce d'identité Mademoiselle" .

"Mademoiselle". Je la méprise du plus profond de mon être.

Je tremble à nouveau. Rentrer chez le Slovaque sans les ipad et sans les billets, ça me glace le sang.

Je vais être dans l'obligation de fuir le pays, partir dans un petit village d'Amérique Centrale. Me refaire une identité, me cacher d'Interpol et parler espagnol.

Retour à la réalité au guichet de la BNP. Si je m'en sors, je change de banque! Ca grogne derrière moi, des clients impatients. Je ne vais quand même pas chialer!

 

Je décide de partir comme un prince, sors de la BNP la tête haute et m'installe sur un banc en face de Pixmania, au frais, pour reprendre mes esprits. Rien ne va plus. Je lève les yeux au ciel.

"Dieu... Si vous m'aimez comme je vous aime..."

Soudain, un coup de tonnerre et c'est le déluge, sur moi, comme dans une caméra cachée ou François l'Embrouille (sorry si mes références choquent parfois) me balancerait un seau d'eau au visage tout en disant qu'il n'a pas fait exprès. Le ciel est noir, Dieu m'envoie sa foudre, je suis trempée, je vais sûrement en crever mais je suis incapable de bouger d'un poil de Loup.

 

Toutes ces galères, est ce parce que je suis passée deux fois sous cette fichue échelle? Je ne crois pas en ça moi, les chats noirs, les vendredi 13, les cimetières indiens, ça fait tellement de choses à retenir que je préfère croire en une et une seule chose, Dieu. Un Dieu qui visiblement n'est pas de mon coté ce jour là. Je pense au beau manteau en cachemire Eric Bompart qui me nargue. Je pense à mes derniers jours aussi. Car non, je ne fuirai pas en Amérique Centrale, je n'aurai pas le temps, le Slovaque va envoyer ses sbires à mes trousses, je peux déjà sentir leur souffle chaud dans mon cou.

Je me lève d'un bond, je dois repasser sous cette échelle maudite pour conjurer le sort. Tout en avançant vers le lieu du crime, je m'arrête net lorsque je vois un ouvrier replier l'échelle sous mon nez. "Monsieur, avant que vous ne remballiez, est ce que je peux passer dessous une troisième fois?" Phrase que je n'osai PAS prononcer et c'est ainsi que je vis disparaître sous mes yeux le vulgaire objet qui créa la perte de Ninon Gold.

 

Le soleil réapparut en même temps que le vendeur d'Ipad teigneux qui brandit sa carte. Il ne va tout de même pas oser me draguer ce connard de nabot bedonnant!

"Si vous revenez pour les ordinateurs, voici mon nom sur la carte, histoire que je me fasse ma commission, merci Madame".

Je reste sans voix et c'est trempée jusqu'aux os et le coeur gros que je me dirige vers le métro.

 

Arrivée chez le Slovaque, j'ai eu le temps de reprendre confiance. Je vais lui dire la vérité. Après tout, mon histoire est tristement drôle, il se peut qu'il se marre mon Slovaque. Et de toutes façons, je lui rends son argent demain, dès que j'ai remis la main sur cette carte visa de malheur.

Je frappe à la porte de son immense maison de Neuilly sur Seine, espérant qu'entre temps il soit devenu amnésique. C'est le chauffeur-garde-du-corps qui ouvre la porte.

"Le Slovaque (nous le laisserons sous cette identité) est rentré en Slovaquie." Me sort il. "Il ne reviendra plus à Paris, merci pour tout et voilà votre paye de la semaine ainsi qu'une petite indemnité". L'homme me tend une enveloppe et ferme la porte.

 

J'avais envie de lui dire pour les ipad, l'argent, l'échelle et tout mais j'ouvre l'enveloppe et reste bouche bée devant cinq beaux billets de 500 euros.

Y'a une boutique Eric Bompart à Neuilly?

 

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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 16:24

zoo1.jpg

Tiens, tiens, j'ai déjà croisé ce perroquet blanc... A croire que je tourne en rond. Cette fois ci je vais prendre à droite, d'après le plan, je suis sensée arriver en territoire pingouins.

Je commence à avoir très chaud. Au début, ça m'amusait de jouer les aventurières perdues de Jungle Island  mais là, de ce fichu zoo, je ne vois que cet irritable perroquet.

Le soleil tape et lorsque je retombe nez à nez sur le piaf qui me regarde de son oeil rouge et rond, une bouffée de rage mêlée à une envie de chialer me prend. Trop fatiguée pour invoquer la fidèle cellule de crise, je m'affale sur un petit banc de bois et ferme les yeux.

 

Je pense à mon loup.

Endormi dans la "valise hiver", il ne doit pas s'imaginer un seul instant que sa mère porteuse, Ninon Gold, passe ses journées à moitié nue dans une ville ou la seule fourure visible est celle des mauvais postiches qu'utilisent les porto ricains condamnés à la calvitie.

Mon loup me manque.


Je rouvre les yeux et à mon grand désespoir, je suis toujours là, coincée sur cette île de malheur telle une rescapée du vol Océanic 815. Comment en suis je arrivée là?

 

Il faut savoir qu'après avoir parcouru Miami à vélo, by night, by boat, qu'après m'être cramée le museau dans les pool party select, m'être saoulée à la redbull vodka jusqu'à en oublier mon nom, avoir posé le pied sur l'île des milliardaires et vécu tout un tas d'autres fantaisies, moi, Ninon Gold, je commençai sérieusement à m'ennuyer.

Je voulais l'aventure, la vraie.


Voilà ce qui me poussa ce matin là, à me rendre à Jungle Island.

Le nom exotique et le flyer représentant un homme très beau caressant un lémurien à poils longs ne pouvaient que me donner encore plus envie.

Je m'imaginais déjà au milieu d'une forêt tropicale sans merci, poursuivie par un python affamé. J'aurais trouvé refuge dans la cage des singes à longs bras qui se seraient battus contre le crocodile géant et auraient fait de moi leur reine jusqu'à ce qu'un Tarzan Ranger vienne à ma rescousse et blablabla.


La réalité est toujours nettement moins excitante.

Pleins de mioches hurleurs qui grouillent autour de moi. Des mioches qui ont sûrement déjà vu les pingouins, les kangourous et les tigres alors que moi, je tourne autour du même perroquet depuis une demi heure.

Je vais lui montrer moi au commun des mortels que je sais lire un plan! Déterminée, j'avale calmement la dernière gorgée de ma bouteille d'eau, lance un regard meurtrier au perroquet et reprend ma quête. Je risque l'insolation, certes, il me faudra peut être boire l'eau verdâtre du ruisseau mais advienne que pourra et Ninon Gold n'a peur de rien.

Plus je m'enfonce dans la jungle et plus les voix des enfants excités s'éloignent. Je suis seule. J'entends des cris de singes, des chants d'oiseaux, je sais pertinemment que c'est une bande son enregistrée mais je joue le jeu. Je vis enfin mon aventure. Je sors le plan de ma poche. D'après mes calculs, je devrais approcher du quartier des alligators. J'entends alors comme un frottement au bord de la rivière. J'avance à pas feutré, je vais peut être surprendre un vilain croco en train de dévorer un brave héron.

D'un coup, des hurlements de terreur proviennent de derrière moi tandis qu' un énorme lézard détale entre mes jambes. Je me retourne, une dizaine de mioches tapis dans la jungle qui me regardent et se mettent à pleurer. Sous mon pied, l'énorme queue de l'énorme lézard que les mioches devaient sûrement observer sans faire de bruit. Sur ma personne, le regard horrifié de la guide qui doit encore me haïr à l'heure qu'il est, à croire que j'ai participé à la disparition d'une espèce menacée.

Les queues de lézard, ça repousse de toutes façons, non?

Je file à mon tour, la queue entre les jambes, espérant de jamais croiser la horde d'enfants vengeurs.


Pensant enfin arriver en terrain pingouin, c'est avec stupéfaction que je retrouve l'ami perroquet, toujours aussi seul et désespéré dans sa triste cage. Je m'approche de lui, décidée à communiquer avec le volatile. Après tout, si c'est le seul animal que je dois croiser ici, autant essayer de m'y intéresser un peu. C'est alors que l'oiseau se met à piailler de toute ses forces et battre des ailes comme un fou furieux. Dame Nature a t'elle eu le temps de lui raconter l'épisode queue-de-lézard-coupée? 

"Non, je ne suis pas une tortionnaire! C'était un accident!"

Pas moyen de calmer la boule de plumes! Très bien, j'abdique! Je rends les armes! Je me retire comme une reine d'autant plus que j'entends les pas des mioches qui se rapprochent.

Dieu, sauve moi! Je lève les yeux au ciel et je le vois, le panneau EXIT que je suis comme les Rois Mages en Galilée suivirent l'Étoile du Berger.

 

Je hais les zoos, je hais Jungle Island, je hais les lézards, je hais la nature...

J'arrive à la sortie et me fait alpaguer par un jeune guide très mignon vêtu comme Tintin au Congo qui me propose d'aller caresser des lémuriens. Petite lueur d'espoir dans mes yeux naïfs.


En tant normal j'aurais sauté sur l'occasion, Tintin musclé et sexy dans son petit short beige qui enroule une étole de fourrure rare autour de mon cou mais après les épisodes lézard et perroquet, j'ai peur de me faire mordre par le sac à puces.

Je prends alors mon regard le plus triste et annonce à Tintin que je suis allergique au poil de bête. Plein de compassion, Tintin pose sa main sur mon épaule et me propose alors une visite guidée du zoo en voiturette. J'explose de plaisir. A moi les tigres et les kangourous!

 

Confortablement installée dans le carrosse, dépassant le commun des mortels qui marche humblement à mes côtés, j'ai définitivement envie de mourir lorsque l'on s'arrête brusquement à un certain croisement, devant une certaine cage et que Tintin me sort "Lui c'est Jack, le perroquet albinos. Tu vas pouvoir le prendre sur ton épaule. Les allergies aux plumes, ça n'existe pas, n'est ce pas?"

Et comme une digne fin d'épisode de Tintin, la caméra s'éloigne peu à peu mais on peut encore entendre le rire juvénile de Tintin et les grognements de rage d'un capitaine Haddock incarné aujourd'hui par ma personne...



 


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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 23:08

30-miami-1.jpgDès que je m'installe dans une nouvelle ville, mon premier investissement est un Vélo Tout Terrain. Investissement qui reste souvent le meilleur.


Debout sur les pédales, surplombant le commun des mortels, je peux arpenter les rues de  mon nouvel empire tel un Jules César vainqueur.

Petit soucis, ici à Miami Beach, c'est la mode du vélo Cruiser. Un tas de férail cousin germain du Vélib', vitesse unique, aussi lourd qu'un autochtone obèse. Un vélo qui promet de trop paisibles ballades les fesses étalées sur une large selle rembourrée.


Moi, Ninon Gold, j'aime la vitesse, pédaler l'engin debout, sentir le vent dans la crinière, grimper les trottoirs à toute allure, me faufiler entre les voitures, sentir mes cuisses brûler sous l'effort.

Petit short, débardeur remonté sur un ventre plat et bronzé. J'ai chaud. Je transpire à grosse goutte. C'est sexy, j'adore.

 

C'est pourquoi il est hors de question que je passe trois mois dans cette ville si je dois conduire un vélo Cruiser.

Je veux et j'exige un vélo Tout Terrain!

 

Washington Street.

Il fait très chaud. Micro robe, havaianas, rayban, dollars en poche. Ninon Gold part à la chasse au vélo.

Malheureusement, après avoir repéré le prix hors budget des VTT neufs dans les magasins et compris qu'il n'y avait pas de boutiques de vélos d'occaz' sur cette fichue péninsule, je me dis qu'il fallait peut être tenter l'approche sociale en accostant un inconnu dans la rue. Justement, un homme accroche son vélo près de moi.

C'est un signe de Dieu alors que je ne lui ai encore rien demandé!

 

Je demande à l'accrocheur de vélo s'il sait ou je peux m'en procurer un d'occasion et pas cher. L'homme, un petit vieux à la longue barbe blanche me regarde d'un oeil attentif. 

"You want this one for 30$?" Me balance t'il en me montrant le sien.

Je regarde un peu mieux la bête. Un VTT noir panthère pas mal du tout, promesse d'intrépides aventures. 

Je grimpe dessus et la ville entière crie un Hourra de joie pour Ninon Gold.

"It's ok for me".

C'est alors que le vieux sort de sa poche un ticket de caisse froissé qu'il brandit sous mon nez. Il me dit que c'est la facture du vélo et qu'il ne faudra jamais m'en séparer au cas ou je serais contrôlée par la police.

Je ris. Très attendrissant ce vieil original. 

 

Je donne un billet au contrebandier, rentre négligemment son ticket de caisse dans ma poche, l'invite à une poignée de main franche pour lui montrer que je ne suis pas une petite joueuse et me voilà, filant conquérir la ville sur le dos du vélo qui m'accompagnera lors de ces trois mois de réflexion américaine.

 

Je file sur Ocean drive, la rue ou Monsieur Tout le Monde se doit de flamber au volant de sa Porsche ou de sa Bentley. Moi je fonce et me faufile entre tous les carrosses jusqu'à ce qu'un fou décide d'ouvrir sa porte au moment même ou je passe à côté de lui.

Par chance, mes réflexes félins me font freiner à temps. Drame évité, le chauffard sort de sa petite voiture de sport et se fond en excuses. L'homme, un Screech de Sauvé par le Gong s'agite autour de moi. Je lui dis que je vais bien mais rien à faire, il insiste pour me payer un drink. Assoiffée, brûlée par le soleil et tout de même un peu secouée par l'accident presque mortel auquel j'ai échappé, j'accepte la proposition du jeune américain plein d'avenir.

L'homme claque la porte de sa voiture et d'une légère pression du doigt sur sa montre, il enclenche l'alarme de son engin.

La femme avide de pouvoir et d'argent qui vit en moi reconnaît la montre DBS Aston Martin et la voiture qui va avec. 

 

C'est dans la plus grande modestie que Screetch conduit la voiture de James Bond.

Screech est James Bond. My James Bond.


Bon, il n'a peut être pas tous ses atouts physiques, certes,  mais il a la voiture. A moins que ce ne soit du leasing, méthode très courante ici qui consiste à louer l'objet de son désir sur une période de trois ans. Il se peut en effet que Screech se ruine à louer son  Aston Martin alors qu'il vit dans un taudis quelque part dowtown.

Voilà pourquoi il vaut mieux favoriser le sex appeal de l'homme plutôt que celui de sa voiture.

 

Mais donnons sa chance à ce brave jeune homme. Nous nous installons à une terrasse de café lorsque je réalise que mon nouveau vélo dont je viens de me rappeler l'existence a disparu. Mon vélo! Mon  nouveau camarade que j'ai négligé au point de le perdre. Je tremble de rage, comment ai je pu me faire aveugler par la voiture de Bond, James Bond!


I feel like a crisis cellule et par chance, je remarque deux flics en shorts qui sirotent du lait de coco à même la noix au coin de la rue. Sans hésiter, je fais mes adieux à l'homme qui ne m'emmènera jamais faire un tour en Aston Martin et court vers les gardiens de ma paix.

 

De mon anglais le plus basique mêlé à des bégaiements d'excitation, je parviens à leur expliquer ma détresse. Je sens les larmes monter, j'ai envie qu'ils me prennent dans leur bras en me disant que tout ira bien, qu'ils vont retrouver le filou qui s'est enfui avec mon vélo.

Ils me regardent, l'air brave. Visiblement, mon cas n'a pas l'air de trop les préoccuper. L'un d'eux me dit qu'il faut aller au commissariat, là bas je remplirai une fiche répertoriant tous les caractéristiques de mon vélo. De la couleur à la marque en passant par le design des poignées. 

La marque de mon vélo? Dieu seul connaît la marque de mon vélo! Je vais vraiment chialer jusqu'à ce que le flic me dise de ne surtout pas oublier de montrer la facture lors de ma plainte, sinon elle ne vaut rien.

La facture! "Euréka" comme dirait Tintin. La marque y est sûrement inscrite. Je bénis secrètement le petit vieux d'avoir insisté pour me donner ce ticket de caisse crasseux.


J'essaye de déchiffrer ce qui est écrit dessus, et horreur!

"Un big mac, une grande frite, un coca". C'est un ticket de caisse de macdo. Me suis faite avoir comme une bleue.

Je vais retrouver le petit vieux à barbe blanche! Je parcourrai tout South Beach s'il le faut, mais je retrouverai le petit vieux à barbe blanche. Je suis rouge de colère mais décide de me retirer comme une reine sans donner aux policiers la possibilité de rire de moi jusqu'à la fin des temps.

 

Adieu Vélo, doux vélo que je ne connus que trop peu.

 

Tiens, il n'est peut être pas trop tard pour l'inoubliable ballade en Aston Martin! Je cherche Screech des yeux mais même lui a disparu et son beau joujou aussi. 

 

A la place de l'Aston Martin, tel un mirage en plein Sahara, je le vois, mon vélo, sagement garé sur le trottoir, exactement là ou je l'avais laissé.

Je cherche des yeux des témoins de cette si belle scène de retrouvailles digne d'une comédie romantique. Personne mais je m'en fiche! Victoire! Longue vie à Ninon Gold et à son vélo!

 

Plus jamais ô grand jamais je ne le délaisserai pour un autre engin de quel type que ce soit!

Gloups.

J'en rajoute un peu trop là, ça doit être le soleil qui tape un peu trop fort sur ma tête d'oiseau.


Remise de cette salade d'émotions, je décidai d'abandonner toutes représailles concernant le petit vieux mangeur de macdo et m'engouffrai dans les profondeurs de South Beach, ville des belles voitures et des flics en short, à la recherche de nouvelles aventures.



 

 




 


 

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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 21:47

ninon-crocsJ'ai remarqué sa présence lundi dernier.

Depuis qu'il est là, c'est un rayon de soleil qui illumine la rue de Charonne et moi, Ninon Gold, tremblante de  désir, je passe devant lui tous les matins, ses deux gros phares braqués sur moi.

Je veux le toucher, sentir mes cuisses nues sur ses flancs, l'allumer, le séduire et avec lui m'enfuir. Tiens, tout ça me rend bien poétique.

S'il était mien, je porterais mon micro short en jean, des talons haut et un perfecto, le tout pour lui faire honneur.

 

Est ce grave, Docteur, d'être amoureuse d'un Duccati Monster?

 

Je moto rassure en me disant que tant que Dieu ne m'envoie pas sa foudre, c'est que je ne fais rien de  mal.

Ce samedi matin, je me réveillai avec une terrible envie de Granola. Ne possédant pas d'esclave pour assouvir tous mes désirs, c'est en pyjama et en Crocs fourrées que je descendis de ma tanière à la recherche de mes biscuits favoris.

Dans la rue, la moto est là. Je souris. "Un jour elle sera mienne, oui, un jour elle sera mienne".

 

L'idée me vint alors que l'homme qui avait choisi pour véhicule un engin aussi sexy devait forcément être le gars le plus attractif de tout l'arrondissement, voir même plus!

Cette idée m'affola presque.

Le motard de mes rêves est dans ma rue.

Je ferme les yeux un instant et laisse mon imagination travailler.

Il serait grand, très grand, chaque muscle sculpté avec soin, masse de cheveux noirs, fine barbe de trois jours, de grands yeux profonds. Il s'appellerait Ben, Sacha ou Tom. Me proposerait de faire un tour sur son animal. Je m'agripperais à ses hanches, me collerais contre son dos et nous voilà partit pour une destination inconnue, genre pays imaginaire ou autre fantaisie.

 

Je reprends mes esprits avec un unique but en tête. Retrouver le propriétaire de la moto. Mon instinct de femme chasseuse me fait entrer chez French Trotters, juste en face de là ou est garé le Monster. Le vendeur, un petit gay sans histoires plie consciencieusement une chemise à carreaux. 

Moi, telle un détective privé, je dois recueillir le maximum d'informations sans avoir l'air louche.

  

"Z'avez reçu quoi de nouveau?" Je sors machinalement. 

 

Et voilà que l'ami s'active et me montre pièce par pièce toutes les nouvelles trouvailles de la boutique.

Je feins l'excitation alors que j'inspecte discrètement du regard chaque recoin de la pièce à la recherche du motard sexy jusqu'à ce que j'entende une voix chaude et grave qui provient du premier étage. C'est lui! Je le sens! 

Je m'apprête à grimper les escaliers quatre à quatre mais en passant devant le miroir, mon doux reflet me rappelle que je suis en pyjama et en Crocs fourrées. 

 

Ce genre de tenue, ça passe ou ça casse.

A Tel Aviv, je passe totalement inaperçue parmi le commun des mortels.

A Paris, dans la boutique la plus branchée de la rue de Charonne, je risque de perdre toute crédibilité. 

  

La main sur la rampe, le pied sur la marche, je suis incapable de faire le moindre pas.

Cellule de Crise, now!

Risquer d e faire fuir mon James Dean à cause d'une paire de godasses à trous? Et si je me faisais passer pour une israélienne? Et si j'y allais pieds nus? Et si je m'enroulais dans un drap? Et si, et si, et si?

Dieu, par pitié, je vous implore presque à genoux, faites moi un signe.

 

Je vous ai déjà  dit que Dieu m'aimait bien!

 

"On a aussi reçu cette combishort!". Me sort le vendeur.

 

Je me retourne et là, je vois la énième Merveille du Monde. Une combishort courte, sexy, à rayures bleus et blanches ouverte dans le dos.

Je lui arrache des mains, fonce dans la cabine d'essayage, me débarrasse de mon pyjama et des Crocs, enfile la combi, essaye de donner une forme présentable à la crinière, attrape au vol une paire de talons et jette un dernier coup d'oeil dans le miroir. 

 

Et c'est avec la rapidité d'une Cendrillon affolée que je m'apprête à retrouver mon Prince.

Je monte l'escalier comme une furie tout en réalisant que les chaussures sont bien trop grandes et les talons bien trop hauts. Un pas de travers et je m'étale au sol.

 

Mon petit coeur bat très fort.

J'arrive à l'étage toute essoufflée et, ô surprise!

 

Un-Schtroumpf-à-lunettes-vieux-et-chauve en compagnie d'une nana.

 

Rire.

 

Le couple me regarde. Je regarde le couple. La blague.

 

Je me demande comment j'ai pu croire un seul instant que j'allais rencontrer mon idéal masculin conducteur de Monster chez French Trotter?

Ce genre d'histoire n'arrive que dans les comédies romantiques américaines avec Jennifer Anniston ou dans ma propre imagination.

Moi, Ninon Gold, je suis vouée aux aventures burlesques.

 

"C'est à vous le Monster?" Je demande quand même au Schtroumpf malgré la grande déception.

 

"Le quoi?" Me répond il d'une voix fluette.

 

Je reprends espoir! Si le Schtroumpf à Lunettes n'est pas l'homme à la grosse voix, c'est qu'il y a ici....

 

"Le Monster est à moi" Répond la voix grave dans mon dos.

 

Je me retourne en slow motion. De larges épaules. Je lève la tête et là haut vers le mont Olympe, exactement comme dans mon imagination, les boucles brunes, les yeux de loup, lui, le chevaucheur de Duccati Monster qui fait vibrer mon coeur et qui f'ra mon bonheur et plein d'autres trucs en -eur.

 

Ses grands yeux miel sont une sorte de tourbillon ambiance "Vos paupières sont lourdes" et j'en perds tous mes moyens.

Si j'ouvre la bouche, je bafouille et si je fais un pas, je tombe. J'aimerais demander à Dieu qu'il me file un second coup de main mais deux coups de main en moins de quinze minutes, c'est légèrement abusé. Quand au Diable, s'il existait, je lui vendrais mon âme contre un miracle mais honnêtement, je préfère ne prendre aucun risque de ce côté là au cas ou. Je n'ai plus d'autre choix que de me jeter à l'eau.

 

"Comment tu t'appelles?" Je balance à tout hasard sachant que s'il me sort un de mes prénoms fétiches, je suis capable de définitivement croire en Dieu.

 

"Jean Bernard".

 

Tout en me demandant comment on peut accoucher d'un tout petit bébé et se dire "Tiens, il est mignon, je vais l'appeler Jean Bernard, ça lui va si bien", mon regard mi gêné mi amusé se pose presque naturellement sur les pieds de l'homme qui ne porte rien de plus qu'une bonne vieille paire de Crocs déglinguée.

 

POUCE!

 

Reprenons rapidement. Hormis un prénom des plus déconcertant, le gars est une bombe, il conduit la moto de mes rêves, traîne chez French Trotter et porte nonchalamment des Crocs un samedi matin.

Ou se cache le piège?

 

L'homme me demande si je souhaite faire un tour sur sa Duccati et de mon sourire le plus coquin, je lui avoue que mon rêve le plus cher est justement d'en chevaucher une.

Ca le fait sourire. Il a de belles dents blanches. Des crocs de loup. Tout en me lançant un regard très séducteur, il me prend la main et m'invite à le suivre. Moi telle la chèvre de Monsieur Seguin, je me laisse complètement embobiner par le Loup et j'adore ça.

 

En chemin, je balance les talons, annonce au vendeur que la combi est mienne, redonne vie à mes Crocs et nous voilà, comme deux compagnons de route, embarquant à bord da la Ducati Monster chaussés de nos groles trouées en caoutchouc.

 

Ma grande passion amoureuse avec Jean Bernard s'arrêta au moment même ou celui ci me donna un casque de moto rose. "C'est celui de ma femme".

 

"Et ta femme, elle fait quoi pendant ce temps? Elle garde les mioches en faisant la vaisselle?" Je demande de mon habituel humour plein de cynisme.

L'homme rit. "Oui!"

Deux solutions:

- L'homme a un second degré bien développé ça voudrait dire qu'il n'est pas vraiment marié et qu'il est très drôle. Dans ce cas je grimpe tout de suite et je ne le lâche plus.

- L'homme dit vrai. Il est marié et sa femme fait la vaisselle Dans ce cas je fuis immédiatement sans me retourner.

 

Je regarde le casque et aperçois quelques cheveux blonds qui veillent tels les Défenseurs du Saint Graal et tandis que l'homme allume le moteur, je lui demande le plus sincèrement du monde s'il est vraiment marié.

"Oui allez, peu importe, grimpe".

Au secours! Le voilà le piège du motard parfait. Pendant que sa femme reprise ses slips en chantonnant du Gershwin, il se ruine chez French Trotters et attend que des nanas en Crocs à moitié à poil viennent se pavaner devant lui.

Je lui redonne le casque, le remercie profondément et file vers le Pause Café en m'interdisant de me retourner de peur de rester coincer en Enfer.

 

Tout en m'affalant sur la chaise d'une table tristement ensoleillée, je me souviens de deux choses très importante.

Mon envie de Granola, celle qui m'a fait sortir de chez moi ce matin là ainsi que mon départ imminent pour Miami.

D'ailleurs, je ferais mieux de boucler ma valise au lieu de traîner au Pause Café. Je pars pour trois mois, j'en ai des robes à faire rentrer dans la valoche.

 

Sur le chemin, je passe chez l'épicier.

Je traîne des Crocs, il fait un peu froid en combishort, j'aurais pu tomber malade sur le Monster. D'ailleurs, quand je rentre de Miami, je passe le permis moto. Comme j'aurai mon Monster à moi.

Enfin, si je rentre de Miami...

ducati-monster-696-black.jpg

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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1 mai 2010 6 01 /05 /mai /2010 17:31

ninon-plombier.jpgFidèle à mes habitudes, je m'installe à la table la plus ensoleillée du Pause Café.

J'attends Marie qui, comme chaque jour que Dieu fait, aura une demi heure de retard.

 

"Un Perrier, s'il vous plaît".

Une petite pensée pour mon grand père qui me dirait que "l'eau ça fait rouiller". Il n'a pas tort mais ma nouvelle trouvaille (un blanchiment des dents) m'interdit corps et âmes d'enrichir la dot de Mariage Frères.

Moi, Ninon Gold, incontestable amoureuse du thé vanille bourbon, je me retrouve à m'abreuver de flotte piquante. Je souffre, certes, mais en silence lorsque je pense au sourire de rêve qui éblouira le commun des mortels. Il faut savoir épater la faune.

 

A la table voisine s'installe un couple. Lui, grand gaillard plutôt beau gosse, elle, fluette et douce jeune blonde. Je fais tout pour ne pas écouter leur conversation mais à vrai dire, mon Perrier et moi, on s'ennuie sec.

La jeune fille remercie chaudement son homme de lui avoir, je cite, "sauvé la vie".

Petit coup d'oeil sur le héros national.

Je ne rencontre jamais ce genre de mec, moi. Personne ne m'a jamais sauvé la vie et les seules fois ou je l'ai mise en péril, comme par exemple le jour ou j'ai imité la signature de mon père pour un bulletin de note désastreux, personne n'a volé à mon secours lorsque mon brave papa en colère a brandi la preuve de faux et usage de faux sous mon ancien nez.

Je suis condamnée à me sauver moi même.

 

Le héros prend la petite main frêle de la miraculée. "Prochaine fois que tu as un autre soucis de plomberie, n'hésite pas".

 

Je pouffe de rire. Le couple, tellement prit par son absurde conversation ne fait même pas attention à ma personne.

 

Pouce!

 

Donc quand la princesse lui balance du "mon héros" dramatique, c'est pour une histoire de plom-be-rie???

Et lui, le Mario Bros, il fait la roue tel un paon déchaîné! Tout ça pour un évier bouché ou autre.

 

Je revois des images de Super Mario. La princesse du haut de son donjon qui crie à l'aide, Mario, prêt à tout pour prouver à cette nana qu'il lui est indispensable quant à sa survie.

Je n'ai pas besoin de Mario moi, mon papa m'a appris à planter des clous, à poser les tringles à rideaux, à ne pas avoir peur du cambouis quand je déraille à vélo.

Et elle alors, la poupée-qui-parle, vous allez me dire que son père est décédé d'une mort subite lorsqu'elle n'avait que trois ans et que c'est pour ça qu'il n'a pas eu le temps de lui apprendre tout ce que, moi, Ninon Gold, je sais faire de mes mains?

Flûte alors!

Ça veut dire que si j'en savais moins, les mecs viendraient à mon secours à moi aussi?? Ou bien dois je simuler la faiblesse, la peur, l'insécurité et l'ignorance pour qu'un héros vienne déboucher mes chiottes?

 

Je suis remontée contre le monde entier et je veux un thé pour m'exciter encore plus. Je veux des fraises, des cerises aussi. Je veux tout ce que mon dentiste m'a interdit de manger et de boire pendant le traitement.

 

J'envoie un bbm à Gabriel "Engager un surhomme pour réparer la roue crevée de mon vélo et plus si affinité?"

 

Je ne tiens plus en place et file faire un tour chez French Trotters, ma boutique préférée. Les vêtements m'apaisent. Je suis une femme après tout.

Dans la boutique, un couple.

"Tu trouves que ça me grossit mon chéri?". Demande la femelle l'air en faux manque de confiance.

 

Comme si ce pauvre grassouillet, traîné de magasin en magasin avait un avis à donner. Pourtant le voilà qui lui répond un "Non, il te va très bien ma chérie."

Ce qui est entièrement faux d'ailleurs, ce pantalon lui fait un cul d'éléphant.

La sorcière au postérieur sur dimensionné, avide de compliments se prend apparemment pour une top modèle.

Je pars du principe que la femme ronde qui n'assume pas ses formes n'a qu'à faire un régime et me rejoindre au Club Med Gym de Grenelle tous les soirs à partir de dix neuf heures.

La ronde qui reste ronde doit s'aimer telle qu'elle. Soit. C'est son choix.

Mais pour lui prouver à celle là que son choix, c'est le mauvais, j'essaye le même pantalon qu'elle mais deux tailles en dessous.

Je suis un  monstre ce matin.

 

"Je t'ai vu l'essayer, je l'ai trouvé canon sur toi, ça m'a donné envie". Lui dis je.

 

Je sais qu'elle sait que je bluffe. Elle me regarde, me sourit l'air mauvais, petit rire jaune. Son mec me matte sûrement mais ça ne m'intéresse plus.

 

Je m'inspecte dans le miroir. Crinière au top, léger bronzage, nez droit, crocs blancs, ventre plat et cul rebondi.

 

Ou se cache mon héros à moi? Celui qui sera là, le regard plein de désir quand j'essairai le maillot de bain magnifique repéré chez Princesse Tamtam, celui qui montera nos meubles Ikéa pendant que je lui ferai la cuisine, celui qui portera ma valise quand il m'emmènera-en-voyage-dans-les-plus-beau-pays-du-monde et me-fera-l'amour-sur-la-plage-en-savourant-chaque-seconde.

 

STOP!

 

Je me rhabille. A la caisse, le mâle soumis offre le pantalon à sa belle.

Je regarde le prix, 170€. Bien joué l'Eléphante.

Ruinée par le blanchiment, je peux quand même m'offrir ce pantalon mais la vision du cul énorme de la grosse freine ma crise d'achat compulsif. Ce qui n'est pas plus mal.

 

Retour au Pause Café, Marie est là. Le couple Mario Bross et sa princesse est là aussi. Je les ignore.

BBM de Gabriel "Ninon, je suis pd, je ne sais pas réparer les roues de vélo".

Marie, absorbée par la conversation secouée du paon déboucheur d'évier et de sa pintade me fait signe d'écouter.

 

La pintade: - Mais c'était la semaine dernière la finale! Tu vas encore me laisser seule ce soir?

Le paon: - La semaine dernière c'était la finale de la Champion's league, ce soir c'est celle de la Coupe de la Ligue! J'ai promis aux copains.

La pintade: - Mais c'est la même chose la Champion's league et la Coupe de la Ligue! Tu me prends pour une débile, c'est ça?

 

Non, c'est pas du tout la même chose ma jolie et si ton gars fait des chichis pour regarder la finale de la Coupe de la Ligue (qui entre nous est un symbole de beauferie aiguë) avec ses potes c'est qu'il est vraiment prêt à tout pour ne pas passer son samedi soir avec toi à réparer ton micro onde.

 

Je me surprends moi même à connaître la différence entre tous ces championnatsde foot alors que je ne suis qu'une femme qui aime les choses de femmes et qui n'est pas sensée affectionner l'idée de courir derrière un ballon.

 

Le paon: - Tu n'y comprends rien, c'est trop chou.

 

Et les voilà qui partent bras dessus, bras dessous.

Lui, Super Maradona Bross, fier de sa poule qui ne connaît du foot que le doux nom de Zahia Dehar.

Elle, fausse naïve, qui ne connaitra jamais le soupir de soulagement d'avoir évité de justesse de se planter un clou dans le doigt.

 

Après avoir bu mon second Perrier de la journée, je rentre chez moi, la tête haute.

Résultat des courses, je n'ai besoin de personne pour me dire qu'un affreux pantalon en toile ne me grossit pas car je ne suis pas grosse, besoin de personne pour réparer la chambre à air de mon vélo, besoin de personne pour m'apprendre la différence entre un penalty et un coup franc.

 

Déterminée, j'ouvre ma porte d'entrée et tombe nez à nez sur une énorme araignée velue qui trône dans mon salon.

Je hurle de toutes mes forces, mon voisin déboule sur le champ. "Là! Là" Lui dis je pétrifiée.

L'homme attrape ma tong Havaianas, je veux lui dire de se servir de sa propre chaussure mais je suis incapable de pronnoncer la moindre parole.

Vlan. Ecrasage de la bestiole.

Je regarde mon voisin l'air émerveillée de la femelle conquise et lui demande s'il peut, pendant qu'il y est, réparer la roue de mon vélo.

"Mon héros..."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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  • : Le Loup, mes histoires et le commun des mortels...
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  • : Suivez mes histoires, de cellules de crise en missions à haut risque... Mister Muscle ou Mister Brain? Abandon du Loup pour Bio-Man? Ma robe était elle trop courte? Des histoires de nanas qui plairont à nos amis les hommes... Merci à Sarah Hatooka pour ses illustrations.
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